Vers une Europe progressiste, verte et sociale ?

Si le plan de relance de 500 milliards d’euros proposé par la France et l’Allemagne est une excellente initiative (voir article consacré), comment ne pas regretter que les pays les plus libéraux s’y opposent ? Cette attitude témoigne de la difficulté de construire une Europe progressiste et sociale, une Europe qui mettrait fin à ses paradis fiscaux, une Europe qui s’engagerait résolument en faveur de la transition écologique.

C’est ce que met en exergue l’association Reclaim Finance dans son nouveau rapport publié ce 18 mai et intitulé "Quantitative easing et climat : le sale secret de la BCE". Il étudie les impacts climatiques des rachats d'actifs d'entreprises de la banque centrale européenne (BCE), conduits au sein du Corporate Sector asset Purchase Program (CSPP) et du Pandemic Emergency Purchase Program (PEPP).

Alors que les gouverneurs de la BCE se réuniront le 4 juin prochain pour décider de l'évolution de la réponse monétaire à la crise du Covid et que la BCE devrait acheter 1100 milliards d'actifs en 2020, cette étude montre que les achats d'actifs d'entreprises financent significativement l'ensemble des énergies fossiles. En effet, Reclaim Finance constate qu’ils bénéficient à 38 entreprises des énergies fossiles, dont 10 actives dans le secteur du charbon et 4 dans celui du pétrole et gaz de schiste. Parmi ces entreprises, on retrouve 3 compagnies significativement impliquées dans le charbon et de nombreuses autres qui contribuent à l'expansion des énergies fossiles.

Pour Reclain Finance, il y a là une contradiction avec les objectifs climatiques européens et une sortie de crise « verte », le quantitative easing contribuant ainsi à l'expansion des énergies fossiles et supportant majoritairement les entreprises très émettrices de GES. 

« Alors que les milliards aujourd’hui déployés en réponse à la crise du coronavirus devraient aller à la construction d’un futur durable et juste, notre recherche démontre que la BCE est en train de nous enfermer dans une trajectoire hautement carbonée. Cela doit cesser, la BCE doit exclure immédiatement les entreprises les plus polluantes de son programme de rachat d’actifs et exiger des engagements de sortie du charbon et des énergies fossiles » déclare Paul Schreiber, chargé de la campagne Régulation des acteurs financiers à Reclaim Finance.