Urgences hospitalières : on fait le point

Des professionnels soignants des services d'urgences sont en grève depuis plusieurs semaines à travers la France. L’engorgement des services d’urgence liés à l’afflux de patients de plus en plus nombreux est le facteur commun aux problèmes actuels. Le nombre de passage aux urgences augmente chaque année. Il a doublé en 20 ans, avec 21 millions en 2016 contre 10 millions en 1996 en France métropolitaine.

Comme député, mais aussi comme médecin, Éric Alauzet ne peut que comprendre la colère et l'épuisement des urgentistes, tous personnels soignants confondus. Rapporteur pour avis du projet de loi de financement de la sécurité sociale, il avait porté une attention toute particulière aux conditions de travail et constaté le dévouement de toute une profession, qui travaillent la plupart du temps en flux tendus et aux limites du surmenage. Le malaise est réel et avéré.

Ce mouvement ne peut être contesté, même si la problématique n’est pas nouvelle et diffère d’un hôpital à l’autre. Les services d’urgences sont "victimes" d'un cumul des difficultés : recrutement de médecins, hausse des comportements violents et des incivilités, augmentation de la précarité sociale et économique, problèmes aussi de matériel médical, déserts médicaux et manques de médecins y compris en ville qui ne peuvent « absorber » tous les malades, ce qui génèrent un afflux de patients aux urgences, …

Les mesures ponctuelles sont nécessaires. Elles supposent d’aborder les questions de revalorisation et d’effectifs. Des médecins urgentistes supplémentaires sont formés. Un diplôme de Médecine d’Urgence (DES MU) a été mis en place avec la réforme du 3ème cycle à la rentrée universitaire 2017. Les 461 postes mis au choix en 2017 ont été pourvus. D’ici un an et demi, ces professionnels seront formés et arriveront pour soutenir les services d’urgences. La fin du numérus clausus est une bonne mesure, mais il faut 10 ans pour former de nouveaux médecins.

La ministre de la santé a donné les directives aux agences régionales de santé pour recruter du personnel intérimaire, là où les tensions sont les plus vives. Pour les hôpitaux aux problèmes structurels, Agnès Buzyn a demandé aux directeurs des hôpitaux de laisser des lits libres en aval des urgences.

Le projet de loi « Ma santé 2022 », largement adopté en mars à l’Assemblée nationale, doit transformer complètement notre système d’organisation des soins pour que chaque citoyen trouve près de chez lui ou même à domicile la prise en charge la plus adaptée à ses besoins, notamment en ville pour les problèmes de santé sans gravité (financement des organisations comme les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) qui permettent de garantir l’accès à des soins sans rendez-vous en journée, création de postes d’assistants médicaux pour libérer du temps médical…)

La réforme va également permettre de trouver des solutions en aval des urgences, pour que les patients soient pris en charge plus rapidement et orientés vers les services compétents à l’hôpital ou à la médecine de ville. Car la solution pour éviter l’attente et l’afflux des patients, c’est de leur donner rapidement accès à un médecin proche de chez eux, même sans rendez-vous.  Les urgences doivent rester le lieu de prises en charges des cas graves et urgents. Elles ne peuvent pas et elles n’ont pas vocation à accueillir tous les patients pour tous leurs problèmes de santé.

Oui, disons-le : une grande partie de la solution viendra de la baisse d'activité et donc de notre capacité à désengorger les urgences dont la mission doit être recentrée sur...les urgences !  Elles sont aujourd'hui "anormalement" sollicitées, il faut revenir à leur mission originelle.

De ce point de vue, nous avons la chance ici à Besançon d'avoir le Vice-Président de la fédération française des maisons et pôles de santé. Appuyons-nous sur son expérience, amplifions, innovons et développons cette pratique des maisons médicales pour un accès plus aisé des malades à la médecine de ville.

L’ensemble du système de santé doit être réformé. Mais les problèmes qui perdurent depuis des années ne seront pas réglés d’un coup de baguette magique du jour au lendemain. Cela prendra nécessairement du temps. Il faut avoir le courage de le dire.


Mardi 11 juin, Eric Alauzet s'est exprimé dans le JT 19/20 de France 3 à ce sujet :