Face à la crise grave que traverse notre Nation, il faut s’écouter, dialoguer et débattre

Réaction d'Eric Alauzet

Que nous soyons gilets jaunes ou pas, nous sommes tous conscients de l’extrême gravité de la crise qui traverse notre Pays.

Le socle même de notre République est ébranlé, voire menacé, ne nous en cachons pas. La situation peut dégénérer si elle prend un virage radical.

Dans la 4ème semaine du conflit, il faut revenir sur l’origine du mouvement.

A l’origine, le mouvement part des réseaux sociaux, avec comme fait déclencheur la hausse des carburants et la trajectoire carbone.

A l’origine, c’est un mouvement populaire et respectable avec des citoyens qui s’organisent localement pour témoigner de leur mécontentement et alerter sur leurs difficultés. 

A l’origine, le samedi 17 novembre était un appel à la grève des consommateurs. Le « ras-le-bol fiscal », la défense du pouvoir d’achat et les difficultés pour finir les fins de mois constituaient la colonne vertébrale du mouvement. Des préoccupations et des revendications légitimes, qu’il convenait de prendre en considération.

L’unité de la Nation n’était à ce moment pas en cause.

Les organisateurs exprimaient un souci majeur : ne pas être récupérés politiquement afin de ne pas se faire utiliser. Il faut le souligner, ils y sont parvenus durant les premiers jours.


Une évolution plus complexe

Depuis, le mouvement s’est élargi, les revendications sont devenues protéiformes, multiples, parfois même contradictoires, où on demande en même temps à l’Etat de diminuer les taxes et impôts tout en réclamant plus de service public, notamment dans les territoires qui se sentent abandonnés.

Autour des manifestants pacifistes, -la grande majorité-, s’est greffée une minorité de casseurs, qui doivent être poursuivis et condamnés avec la plus grande fermeté.

Du ras-le-bol fiscal, l’exaspération s’est transformée en défiance, et disons-le de rejet, à l’égard des dirigeants politiques, de tous les dirigeants. Comment ne pas être frappé par le nombre de nos concitoyens indiquant qu’ils ne votaient plus et qu’ils n’avaient plus aucune confiance en quiconque, pour les représenter, ce qui constitue les fondements de notre démocratie.

Ce mouvement d’ampleur concerne toutes les démocraties occidentales et pose la question de notre modèle de société et des réponses qui sont apportées, et en particulier à l’échelle de notre « vieille » Europe. 

Alors certes, cette explosion trouve en cet instant une résonance particulière dans notre pays.

Elle est dirigée en tout premier lieu, et c’est bien normal, contre ceux qui sont au pouvoir, à savoir le Président de la République et le Gouvernement, accusés de mépriser le peuple, de servir les intérêts des plus riches… 

Il faut en convenir : des maladresses ont été commises. Que retiennent aujourd’hui nos concitoyens : les phrases malheureuses, la suppression du symbole qu’incarnait l’ISF, la hausse de la CSG pour les retraités dont le revenu mensuel est supérieur à 1394 €pour une personne seule, …

En face, les mesures prises en faveur du pouvoir d’achat, bien que réelles, sont inaudibles : suppression progressive de la taxe d’habitation, hausse du minimum vieillesse et de l’Allocation Adulte Handicapé, baisse des cotisations salariales…

Ce qui est rejeté aujourd’hui est un excès du capitalisme financier outrancier où quelques-uns accumulent toujours plus, quand la majorité ne voit pas de perspectives d’amélioration et s’élève contre une répartition injuste des richesses.


Des propositions faites au national

Convaincu de la nécessité d’engager la transition écologique, mais parce qu’élu ancré dans mon territoire, au contact permanent de la population, recevant sans relâche les citoyens qui me sollicitent, j’avais alerté Nicolas Hulot sur la nécessité d’accompagner socialement cette transition. J’avais proposé de restituer le produit de la taxe carbone à une majorité de ménages sur la base du chèque énergie, afin que même ceux qui ne peuvent changer de voiture ou effecteur des travaux dans leur logement, puissent être soutenus pour ne pas subir la hausse du prix de l’énergie.

Concernant l’ISF, je l’avais dit à l’époque, je n’avais pas d’appétence particulière pour sa suppression. Je propose aujourd’hui d’instaurer une imposition spécifique sur les très hautes successions ou « Impôt sur la fortune héritée ». Cette taxation concernerait les français possédant des capitaux très importants et qui ont alors bénéficié de la suppression de l’ISF. Elle s’appliquerait à un moment clef de la transmission des inégalités sociales : la succession. Les recettes permettraient ainsi de financer la restitution sociale de la taxe carbone. En parallèle, un geste pourra être fait pour les petites successions avec, par exemple, une augmentation de l’abattement.

Je poursuis en outre mon combat de la première heure : la lutte contre la fraude fiscale.


Appel à engager le dialogue et au sens des responsabilités

Malgré une ouverture, le Premier ministre n’a pas convaincu une partie des gilets jaunes qui veulent poursuivre le mouvement. Ils considèrent que les annonces faites ne sont pas suffisantes, notamment concernant le pouvoir d’achat. Il faut en prendre acte car sur le fond il reste beaucoup à faire.

Mais, c’est un premier pas, une première étape que chacun doit saisir. Je crois en effet à la vertu du dialogue. Il faut tant au niveau national qu’au niveau de chaque territoire ouvrir la négociation et la concertation, se mettre tous autour d’une table et avancer. Il faut réfléchir tous ensemble et ouvrir les débats de fond, j’y serai très actif : par exemple le niveau de consentement à l’impôt et le service qui est offert par la contribution des citoyens, la transition écologique, la mobilité…

Le risque aujourd’hui est le noyautage d’un mouvement populaire, qui encore une fois avait et a toujours sa légitimité, par des éléments extrémistes, qui voient là une occasion unique de semer le désordre et de parvenir au chaos pour déstabiliser notre République. Tous les républicains et progressistes doivent veiller à ne pas jouer avec le feu, à ne pas faire de la surenchère. Le moment est venu de se rassembler autour d’un socle commun de valeurs. C’est l’unité de la Nation qui est en cause.