Cérémonie des vœux d'Eric Alauzet édition 2019


Comme chaque année, Eric Alauzet, député du Doubs, a présenté ses traditionnels vœux samedi 26 janvier à Chalezeule devant de nombreux élus, des représentants des corps constitués, institutionnels, associatifs, religieux, et des citoyens de la circonscription présents.

Après avoir remercié Christian Magnin-Feysot, le maire de la commune, de son accueil, il a présenté ces vœux pour 2019 : 

 
 
 



Retrouvez l'intégralité du discours d'Eric Alauzet : 

 
Monsieur le Maire Christian Magnin Feysot et l’ensemble de l’équipe municipale,
Messieurs les anciens Députés et Sénateurs, 
Mesdames et Messieurs les Elus, 
Mesdames et Messieurs les représentants associatifs,
Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués de l’armée, de la gendarmerie, de la police et des pompiers, de la sécurité civile,
Mesdames, Messieurs
Chers amis,

Tout d’abord, je veux vous dire l’immense plaisir que j’ai à vous retrouver comme tous les ans depuis 7 ans pour ma cérémonie des vœux.
J’attends toujours avec une certaine impatience ce moment très particulier des vœux parce qu’il est pour moi tout à fait unique. Et j’ai tant de choses à partager avec vous.
Unique parce que vous êtes nombreux et vous représentez la diversité de notre beau territoire, de Besançon et des communes environnantes du périurbain ou du rural, du public et du privé, de la vie associative, syndicale et professionnelle.

D’abord, je veux vous adresser mes vœux pour ce qui est essentiel.
Des vœux de santé et de paix. La santé pour chacune et chacun d’entre vous, bien entendu.
La paix pour nous tous à travers le monde pour la communauté humaine.
Ces vœux de paix sont aussi des vœux en faveur d’une Union Européenne plus intégrée pour faire face précisément aux défis qui menacent la paix, qu’il s’agisse du terrorisme, des régimes corrompus et dictatoriaux, de la finance prédatrice ou encore du changement climatique, de l’épuisement des ressources naturelle et de la biodiversité. Seule une Union Européenne forte peut contenir et réguler la mondialisation débridée.
Je vous souhaite également, et nous souhaite, de l’engagement parce que le monde change. Et pour que le monde change, il faut inventer, innover, créer. Il faut être curieux, à l’affût, soutenir, encourager. Et ça se passe ici et maintenant sur notre territoire. Dans nos associations, dans nos entreprises, chez les paysans, à l’Université, dans nos commerces, le tourisme, la production d’énergie, la liste est longue.


Nous traversons une crise totalement inédite même si ses ressorts ne surprennent au fond personne. 
Elle se manifeste par un profond mécontentement social, une exaspération et même une colère qui nous touche tous quand elle traduit le désarroi, en particulier de ceux de nos concitoyens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts avec le revenu de leur travail.
Regardez-nous, entendez-nous ! nous crient celles et ceux qui ont le sentiment de ne pas être pris en considération, qui craignent d’être invisible.
Cette crise vient de loin et s’étend en réalité à travers le monde.
C’est la raison pour laquelle il est important d’en revenir aux fondamentaux, 
aux valeurs de la République : liberté – égalité – fraternité ?
C’est de ces valeurs dont je veux vous parler aujourd’hui. 
Parce que c’est à l’aune de ces valeurs qu’il faut lire la crise actuelle,
en dénouer les fils et en explorer les solutions.
Au pessimisme du constat, tentons d’opposer l’optimisme de l’action.
L’idéogramme chinois qui symbolise la crise renvoie simultanément à la notion d’opportunité

LA LIBERTE

La Liberté d’abord, c’est la valeur de fond, notre valeur première, sans doute celle à laquelle nous sommes le plus attachés, celle pour laquelle nous n’imaginons pas de transiger. Mais cette liberté n’est pas acquise, elle se conquiert.
C’est pourquoi nous devons toujours améliorer notre système éducatif et de formation pour donner à nos jeunes la capacité à trouver leur place dans la société, notamment à travers une activité ou un emploi qui leur apporte un revenu et une capacité à vivre dignement et de manière autonome.
C’est tout le sens de l’augmentation des moyens prévus pour construire des crèches, de l’obligation de scolarisation avant trois ans, du dédoublement des classes en zones défavorisée, de la priorité donnée à la maîtrise de la langue écrite et parlée ainsi qu’à l’éducation civique et morale pour vivre dans le respect mutuel ou encore de la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle pour mieux répondre aux aspirations de chacun et acquérir des compétences pour entrer dans la vie professionnelle. C’est le sujet principal pour l’emploi et la promotion professionnelle. 
Un travail qui contribue à l’émancipation de chacun, à son épanouissement. Un objectif qui, au passage, et je veux insister sur ce point, soulève le sujet crucial de la qualité de vie au travail qui, concernant le cas des établissements de santé, a été un point central de mon rapport pour avis au projet de Loi de financement de la Sécurité sociale. Dans la crise actuelle, la dimension du bien-être au travail, du développement personnel, du sens, de l’autonomie et de la confiance, valent souvent autant que le niveau de revenu. On le voit en particulier avec les générations Y et Z. C’est tout l’enjeu du renforcement du dialogue social pour donner plus de place aux salariés comme le prévoit la Loi PACTE votée récemment en première lecture à l’Assemblée nationale. 
La liberté se joue ainsi à toutes les étapes de l’éducation, de la formation et du travail. 
La réduction des cotisations salariales dans l’entreprise va dans le même sens en augmentant le salaire et le pouvoir d’achat des personnes concernées.
Tout comme la prime pour l’activité augmentée de 90 euros à partir de ce mois de janvier. J’entendais cette semaine à la radio une jeune femme, aide-soignante avec un enfant qui relatait sa situation difficile avec son salaire de 1520 euros. C’est vrai que ce n’est pas facile de vivre avec ce revenu. Et que dire de celles et ceux qui sont en-dessous ? J’ai toutefois regretté que ni elle ni les journalistes n’évoquent ses revenus complémentaires, en particulier pour l’activité qui dans ce cas se montera à plus de 180 euros grâce à une prime d’activité doublée qui n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu. 
Mais chacun sait aussi que le pouvoir d’achat ne dépend pas uniquement des revenus mais aussi de dépenses. C’est la raison pour laquelle il est si important d’agir sur ce versant. Par l’action publique, ici je pense immédiatement au domaine de la santé qui m’est cher et à la mise en place progressive du reste à charge zéro – le 100% santé - ainsi qu’à l’extension de l’ACS, l’aide à la complémentaire santé pour 1 million de ménages. Il est encore possible de réduire ses dépenses par des choix de vie pratique tout en ménageant sa santé et l’environnement : en cuisinant, en préférant les couches lavables, les produits d’entretien naturels, la réparation, le partage, etc. Ces choix ne sont pas réservés aux personnes les mieux informées et les plus aisées, ils sont pour tous. 
La société de consommation, la volonté d’identification et d’appartenance à des groupes sociaux comme la dictature des marques, les nouveaux besoins tels la téléphonie mobile, l’obsolescence rapide des produits, ont créé des dépenses nouvelles qui n’existaient pas auparavant. 
Je parlais à l’instant du respect mutuel. C’est aussi pour rappeler que la liberté n’est pas infinie. Qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. 
Et qu’elle conduit parfois à affaiblir la communauté humaine quand l’égoïsme et l’individualisme, avec leurs formes communautaristes et nationalistes, prennent le dessus.
Là, il faut dire quelques mots de l’information, des médias et réseaux. Cette richesse immense qu’est l’information n’a jamais été aussi accessible mais parallèlement, elle n’a aussi jamais été aussi facile à manipuler et à détourner. Il faut mettre en garde nos concitoyens précisément contre les fausses informations qui pullulent sur les réseaux sociaux, les informations tronquées, les fameuses fake news diffusées par des sources douteuses. Ce qui donne corps à toutes ces piètres théories du complot.
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une page internet qui titrait : « Voltaire et … les voleurs ». Immédiatement en dessous une photo du philosophe avec une citation : « la politique est le moyen pour des hommes sans principe de diriger des hommes sans mémoire » ; une citation sans rapport avec la référence au voleur. Puis suit un texte aux intentions philosophiques qu’à la lecture rapide on pourrait prêter à l’illustre. Et voilà comment les auteurs de cette page tentent d’insinuer un rapport entre politique et vol. J’ai dû m’y reprendre plusieurs fois et vérifier aux sources. Rien de tel en réalité. Ces contre-vérités ou ces insinuations sont affirmées avec un tel aplomb qu’elles peuvent convaincre. Et si d’aventure elles sont infirmées par des personnes accréditées, des journalistes, pire des politiques, alors elles deviennent encore plus vraies, tant les supposées élites tromperaient le peuple.
Les informations tronquées, partielles ou déformées posent également de sérieuses questions. Elles peuvent résulter d’une méconnaissance mais aussi d’une volonté de faire le buzz ou de nuire. J’en veux pour exemple un entretien au Parisien, il y a 1 an, qui encore aujourd’hui continue de faire parler.  
Un échange d’une demi-heure retranscrit en quelques lignes dans ce média avec un titre accrocheur en référence à la « génération dorée » allait être repris par des réseaux sociaux peu soucieux de véracité. 
Mon propos n’a pas été seulement tronqué, il a encore été déformé, il est devenu retraite dorée, certains m’ont prêté des qualificatifs que je n’ai évidemment jamais utilisés, comme ceux de nantis ou de privilégié. Certains relaient ces informations trop facilement et sans vérification. Pour d’autres, opposants politiques, personne ne sera dupe des intentions, en particulier dans la perspective d’élections à venir.

Mais je veux revenir sur cette liberté qui reste pour nous tous un bien si précieux. C’est grâce à la liberté que l’on peut imaginer, créer, innover. Nous avons tellement besoin de cela pour inventer le monde de demain. Pour chacun, c’est la possibilité d’accomplir ses projets. Des projets qui peuvent nourrir des innovations collectives sur nos territoires. C’est ainsi que nous pouvons reconquérir des parts d’autonomie face à la mondialisation. Une mondialisation que nous ne pouvons pas réguler par la seule action nationale et que l’Union européenne peine à contenir. Cet enjeu, c’est non seulement celui d’une forme d’indépendance mais aussi de conservation de la valeur créée sur le territoire, de durabilité et de transparence. Sur nos territoires, nous pouvons et nous devons reconquérir notre pouvoir, faire émerger et soutenir les projets qui y concourent.
Je vois plusieurs secteurs auxquels nous devons appliquer cette ambition, tels la production d’énergie, de matériaux, d’aliments. Ce sont autant d’opportunités pour nos paysans, nos filières de formation professionnelle, d’enseignement, de recherche, notre industrie pour lesquels nous avons de beaux atouts. Une occasion également de mieux utiliser notre épargne pour investir localement. Bref, un écosystème qui intègre totalement le développement durable avec les circuits courts, l’économie circulaire ou encore l’économie de la fonctionnalité. D’autres secteurs plus habituels y concourent également, tels que le bâtiment, les travaux publics et l’artisanat, l’action publique, la vie associative et mutualiste ou encore l’économie de service. Ces activités s’inscrivent dans le développement local, la conservation et le partage de la valeur créée sur le territoire au bénéfice de l’emploi.
Enfin, la situation actuelle, les manifestations ainsi que le contenu des débats imposent d’évoquer notre rapport à la liberté. D’abord en réaffirmant le principe intangible du droit à manifester. Et conformément à ce droit, l’obligation de déclarer les manifestations, leur parcours et d’en assurer un déroulement sans heurts. Il faut de ce point de vue saluer l’organisation mise en place ce samedi à Besançon mais malheureusement non renouvelée pour cet après-midi. J’en profite pour signaler que ma discussion samedi dernier avec une dizaine de gilets jaunes sur le rond-point de Chalezeule s’est parfaitement déroulé après d’autres échanges ces dernières semaines. 
Pour autant, les manifestations à répétition pénalisent considérablement l’économie – c’est d’ailleurs le but avoué pour certains – et en premier lieu ses chevilles ouvrières. Les transports, le commerce, le tourisme, les manifestations culturelles ou associatives, tous ont été fortement touchés, avec des conséquences évidentes sur l’emploi et le pouvoir d’achat de nombreux français. La liberté de circulation et de travailler ont été entravées. Pire, les violences commises par des minorités extrémiste et factieuse doivent être dénoncées sans ambiguïté et il n’y a pas de « mais » qui tienne.  Nous sommes dans un pays démocratique où se tiennent des élections régulières, où la démocratie représentative demeure la règle. Nous devons nous prémunir des tentatives insurrectionnelles et des tentations autoritaires qui surgissent souvent aux extrêmes. Ce ne sont effectivement pas tant les dictatures qui couvent mais bien les démocraties illibérales. Elles attentent aux libertés individuelles et civiles sous prétexte de donner la parole au peuple. Ne nous y trompons pas, c’est bien l’Etat de droit et nos démocraties libérales qui sont visées quand on remet en cause de manière unilatérale et sans même proposer de solutions la compétence et l’honnêteté des hauts fonctionnaires, chefs d’entreprises, élus, journalistes, bref de tous ceux que l’on rassemble sous la bannière honteuse des « élites »… Si la critique est essentielle au fonctionnement démocratique, le basculement dans la caricature systématique la dessert toujours. En qualifiant l’autre d’élite on le discrédite, sa parole est disqualifiée « par défaut » sur la base d’un procès d’intention où la présence de preuves n’est que trop souvent optionnelle. La parole critique devient alors sentence, commandement, la démocratie est sacrifiée sur l’autel de la simplification autoritaire. Le débat est vital, la parole critique doit rester vivante.
On sait où conduit l’illibéralisme, il suffit de regarder à l’Est, en Pologne ou encore en Hongrie. On observe un affaiblissement progressif du pouvoir judiciaire, une certaine soumission des médias publics au pouvoir politique, la réécriture de l’Histoire au profit d’une fierté nationaliste, la préférence pour le népotisme, une nette modulation des priorités internationales avec les nouveaux autoritarismes, ainsi qu’une forte critique envers les organisations internationales spécialisées dans les droits de l’Homme, telles que la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) ou l’Union européenne (UE). Le but recherché est de jouer sur l’aspect technocratique, bureaucratique, non-démocratique ou opaque d’un fonctionnement caricaturé pour mieux le discréditer. 
Victor Hugo dit ceci sur le sujet :





Je reviendrai un peu plus loin sur le fond et sur ce que nous dit cette crise

L’EGALITE

Après la liberté, l’égalité, après la valeur de fond, la valeur de raison.
Nous ne supportons pas les injustices quelles qu’elles soient. Aussi par ce que ces injustices apparaissent de plus en plus criantes, du fait de l’accélération de la circulation de l’information. Nous avons le sentiment que l’égalité n’occupe plus le centre de notre modèle social. 
Ce n’est pas l’adepte de la transparence que je suis qui va le déplorer puisque c’est la transparence qui nous fait progresser. Je considère même qu’il s’agit là de la mère de toutes les batailles. Cette quête de transparence a guidé mon action dans la lutte contre l’évasion fiscale et fonde ma conviction de l’importance de l’évaluation des politiques publiques pour les questionner, les faire évoluer voire les remettre en cause. 
Il faut toutefois se méfier de certains comportements qui naissent d’une transparence à outrance sur le registre du voyeurisme, du règlement de compte, du lynchage médiatique ou de la jalousie.
Ces injustices peuvent être judiciaires et administratives. Mais ce qui est principalement en jeu dans la période et le débat actuel, ce sont bien les injustices sociales et fiscales.
Cette question de la justice et sans doute celle qui est la plus fortement exprimée par les Français.
Nous serons assez facilement d’accord sur les constats, le débat sur les solutions et leurs conséquences est plus compliqué.
D’abord pour ce qui concerne les salaires exorbitants et plus globalement sur l’échelle des salaires qu’il faut resserrer. Les salaires des patrons des grandes entreprises publiques ont été partiellement plafonnés à 450 000 euros par an. Les salaires des hauts fonctionnaires plafonnent à 15 000 euros par mois, ce qui représente 10 fois le SMIC brut. 
Concernant l’évasion fiscale. Les progrès ont été considérables en direction des particuliers, notamment avec la Loi fraude qui a suivi l’affaire Cahuzac. L’augmentation des sanctions pénales couplée à la fin du secret bancaire obtenu par Barack Obama, a conduit 50 000 ménages français à déclarer en France 40 milliards d’avoirs fiscaux détenus à l’étranger pour une recette de 8 milliards d’euros.
Mais pour ce qu’il est convenu d’appeler l’optimisation fiscale agressive pratiquée par les multinationales, c’est une autre paire de manches. C’est précisément sur ce type de sujet que nous sommes limités et entravés dans notre action, paradoxalement au nom de la liberté.
En effet, il n’est pas rare que le Conseil constitutionnel censure nos votes précisément au nom de la liberté. Il en fut ainsi pour un de mes amendements, pourtant adopté par l’Assemblée nationale, qui prévoyait la transparence des trusts, des montages type poupées gigognes qui permettent à des particuliers de dissimuler leur identité réelle et leurs actifs. Pour référence, l’affaire Ronaldo ou encore les Panama papers. Eh bien, c’est au nom de l’atteinte aux libertés que le Conseil constitutionnel a rejeté cet amendement, au détriment peut être d’autres principes constitutionnels portant sur l’égalité des citoyens devant les charges publiques et les lois fiscales.
Je le dis bien qu’il n’est pas de bon ton d’adresser des observations au Conseil constitutionnel. Le même conseil constitutionnel a rejeté, au nom de la liberté d’entreprendre, un amendement qui imposait aux entreprises la communication publique de certains résultats financiers et ce en raison du risque – il est présenté comme tel – de perte de compétitivité de l’entreprise si ces informations étaient disponibles à la concurrence.
Mais de quel montant parle-t-on ? Dans la mesure où il s’agit de fraude, il est assez facile de comprendre que la marge d’erreur de l’estimation est importante. 
Il est donc hasardeux de ne s’en tenir qu’à la seule estimation d’un syndicat maison au ministère des finances quand l’estimation de l’OCDE est nettement inférieure.
Il peut-être arrangeant de retenir les chiffres les plus élevés car cela simplifie le débat politique : plus de fraude, plus de déficit public. Mieux, toutes nos impasses budgétaires peuvent trouver une solution, avec les mêmes milliards qui se multiplient, pour l’école, la justice, la police, les services publics en milieu rural et urbains, l’investissement dans la transition énergétique, le développement du ferroviaire et du ferroutage, l’aide au développement, l’augmentation de la DGF aux collectivités, des minimas sociaux, des retraites, et encore 300 euros de pouvoir d’achat en plus pour les ménages, etc.  Pourtant, cette seule dernière mesure - appliquée à 70% des ménages pour finir les fins de mois, nécessiterait 90 milliards d’euros, soit 30% du budget de l’Etat français ou encore 30 fois l’ISF sur les revenus mobiliers. Il suffit de prendre l’argent là où il est disent-ils. Mais qui est donc le superman ou la superwoman qui va mettre tout cela en coupe réglée. Comment va-t-il ou va-t-elle s’y prendre ?
Mais puisque nos voisins transalpins ont voulu tenter l’expérience avec la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles, observons attentivement leurs résultats.
Ceci dit, la lutte contre l’évasion fiscale avance sous l’impulsion du G20 et de son bras armé, l’OCDE avec à sa tête Pascal Saint-Amant. Je ne reviens pas sur les mesures adoptées lors de la précédente législature. Depuis juin 2017, nous avons ouvert le verrou de Bercy. Nous avons réformé et non supprimé l’exit tax – contrairement à ce que tentent d’instiller certains – exit tax qui devait rapporter 200 millions d’euros par an mais n’en a en réalité produit en moyenne que 15. Nous avons permis la sanction des experts et spécialistes aidant à la réalisation d’infractions fiscales, acté la création d’un nouveau service de police fiscale, renforcé le « name and shame » (la dénonciation publique des personnes condamnées par la justice) et encadré l’utilisation des plateformes en ligne. Par ailleurs, de nouvelles dispositions du programme « BEPS » de l’OCDE sont entrées en vigueur pour empêcher les transferts de bénéfices vers les paradis fiscaux et l’Europe a fait quelques pas, certes encore très timides, vers une plus grande harmonisation fiscale. 
La taxe GAFA sera appliquée en France au printemps avec rétroactivité au 1er janvier de cette année, en attendant l’issue des négociations au niveau de l’Union européenne. Il manque encore 4 pays pour avoir l’unanimité que le Ministre de l’économie tente de rallier d’ici là. Nous évaluerons la portée d’une telle mesure dans un seul pays. 
Outre le sujet décisif de l’évasion fiscale, restent les questions de l’ISF, du barème de l’impôt sur le revenu, de la TVA, de la CSG ainsi que celles du service public et des services au public.
C’est pour moi l’occasion de revenir précisément sur ce sujet récurrent et important de l’ISF en particulier dans la suite de mes propos et de mes interventions dans le cadre de la Loi de finances 2018, de mes propos lors de mes vœux 2018, des propositions faites au Président de la République avant ses annonces du 10 décembre dernier ou encore d’une adresse récente à Jean-Yves Le Drian. 
De plus, je propose la mise en place d’une imposition sur les très hautes successions qui concernerait uniquement et spécifiquement la transmission d’un patrimoine extrêmement conséquent. Elle pourrait s’accompagner d’une augmentation de la franchise de base sur les successions, protégeant ainsi le reste de la population qui possède notamment des biens immobiliers familiaux de moindre valeur. 
Cette question de l’égalité va conduire à réformer le système des retraites et de l’indemnisation du chômage qui n’apparaissent pas en l’état garant du principe d’égalité.

LA FRATERNITE

Enfin, après la liberté, notre valeur de fond et l’égalité notre valeur de raison,  la dernière de nos trois valeurs, la fraternité.
C’est notre valeur de cœur.
Celle qui pousse au dépassement de soi, qui invite à moins se regarder et à se tourner vers l’autre, les autres.
Pour faire société, pour avancer tous ensemble, plus solidairement, plus solidement.
En ne laissant personne sur le bord du chemin, en préservant pour les générations futures nos ressources, la biodiversité, le climat et la planète. 
Convenons que cette valeur de fraternité et de solidarité s’est abimée depuis quelques décennies sous l’influence de la mondialisation libérale, de la compétition et de l’individualisme ainsi que du nationalisme et des communautarismes qui procèdent du même processus de repli.
Puisque j’évoque le nationalisme, je profite de la présence parmi nous de Joseph Pinard pour rappeler qu’à son initiative se tiendra ce mercredi après-midi une journée d’étude sur « la Franche-Comté et les nationalismes en Europe » à la Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement.
Individualisme, disais-je, voire égoïsme, qui se traduit en particulier par l’avidité et l’accaparement sans vergogne des richesses par quelques-uns.
Ainsi le taux de pauvreté ne diminue plus dans nos sociétés occidentales. Heureusement, il a régressé dans le monde.
C’est en partie le résultat du déplacement de la croissance vers les pays d’Asie et du Sud, d’un changement plus large de paradigme économique. 
Pour autant la France demeure un pays profondément fraternel.
Nous restons le pays qui peux s’enorgueillir de bénéficier d’une couverture maladie exceptionnelle.
Nous avons le reste à charge le plus faible au monde, il est de 7,5%.
Et nous allons encore l’améliorer avec le reste à charge zéro sur l’optique ainsi que l’audiologie et les prothèses dentaires, progressivement sur le mandat. Avec dès 2019, une amélioration de la prise en charge des appareils auditifs de 200 euros.
On voit aussi à travers ces exemples, et comme je l’indiquais au début de mon propos, que le pouvoir d’achat des ménages se joue certes sur le revenu mais aussi sur les dépenses.
Concrètement, le reste à charge zéro = 100% santé améliore le pouvoir d’achat des ménages et singulièrement celui des personnes âgées et des retraités qui sont les plus concernés par ces dispositifs.
C’est une grande satisfaction politique pour moi qui milite pour cette mesure depuis tant d’années.
Il faut préciser que la part qui pèsera sur les mutuelles représente 0,75% de leurs dépenses totales. Autrement dit, si les tarifs des mutuelles augmentent au-delà, ce sera pour d’autres raisons.
La France est encore le pays, le seul en Europe et au monde, où le niveau de vie moyen des retraités est supérieur à celui de l’ensemble de la population, malgré l’érosion que sans doute les personnes concernées ici présentes ont pu constater.
Les mesures d’urgence économiques et sociales - dont j’ai été le rapporteur pour avis - votées fin décembre, permettent dès 2019, d’améliorer le pouvoir d’achat de 30% des retraités entre le 4ème et le 6ème décile – sans doute quelques-uns parmi vous sont-ils concernés - mais aussi celui des salariés aux revenus modestes qui vont bénéficier d’une augmentation de la prime d’activité de 90 euros par mois, montant non imposable,  en la portant à 200 euros par mois pour un célibataire au smic et 300 euros s’il y a un enfant. 
Les mêmes personnes bénéficient de la suppression progressive de la taxe d’habitation.
Nous sommes bien ici sur une politique en faveur des plus modestes et de la classe moyenne tout en restant dans l’objectif de mieux rémunérer le travail.
Les seules mesures d’urgences contribuent à une hausse de 0,8% du pouvoir d’achat des français en 2019 alors que l’effet du PLF 2019 est de l’ordre de 1%. En un mot, les gains seront inédits pour une très grande majorité des français en 2019. 
Une attention particulière est portée aux personnes seules, notamment les jeunes actifs avec un faible salaire, a fortiori quand il y a un enfant. Le taux de pauvreté est de 14% dans cette catégorie qui doit porter un loyer avec un seul et petit revenu.
C’est le même constat qui conduit à une augmentation de l’allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse de 100 euros par mois respectivement sur deux et trois ans. 
Nous devons continuer à lutter contre la pauvreté et la précarité mais il serait trop long que je vous détaille le plan pauvreté mais sachez qu’il cible en particulier  les familles pauvres avec des mesures pour l’accueil en crèche et la prise  des repas. Il permet également d’étendre en nombre la garantie jeunes en leur garantissant à la fois une activité, une formation et un revenu de 500 euros par mois ; des dispositions qui vont, encore une fois, dans le sens de l’autonomie pour vraiment changer le destin de ces jeunes.  
Je ne développerai pas le plan santé bien qu’il y ait beaucoup de choses à dire. 
La fraternité se juge aussi à notre capacité à prendre en compte les générations futures en protégeant l’environnement, le climat, la biodiversité et les ressources.
C’est le moment de faire le point sur la taxe carbone. 
Déjà, il faut indiquer que la taxe carbone est considérée par la communauté internationale comme le levier le plus puissant pour s’engager dans la transition énergétique et écologique.
Son abandon constitue donc une mauvaise nouvelle.
Dommage que le débat sur son utilisation n’ait pas pu se tenir sereinement mais il reviendra tôt ou tard.
Il y a 3 façons d’utiliser cette taxe :
La plus évidente : aider les ménages et les entreprises à investir pour consommer moins d’énergie fossile. C’est le fléchage écologique, mais il ne bénéficie que trop peu aux ménages qui ne possèdent pas le minimum de capital pour investir.
Logique, apparemment, pourtant ce n’est pas si évident.
On peut faire le choix économique, il est tout aussi honorable.
C’est le choix des Suédois, référence écologique s’il en est, qui utilisent cette taxe exclusivement pour favoriser l’emploi, pour faire contribuer à l’impôt les pollutions et moins le travail.
C’était aussi le choix de la France et de la majorité précédente socialiste et écologiste, lors de la mise en place de cette taxe en 2014 puisque la recette a servi essentiellement au financement du CICE.
C’est pourquoi il était assez surprenant de les voir s’indigner contre cette logique.
Il y a encore un troisième choix,
Il n’est ni écologique, ni économique mais social.
Et c’est sans doute celui qui aurait dû être fait dans le contexte précis d’augmentation forte du prix du baril de pétrole.
Il eut alors été judicieux de restituer une part de taxe carbone aux Français, tout au moins à la majorité d’entre eux, sous forme d’un chèque vert.
J’avais suggéré cette restitution sociale à Nicolas Hulot dès le moins de mars, quand nous avons vu les prix du pétrole s’emballer. Cela n’a pas été possible.
A sa décharge, il faut préciser qu’il était difficile de revenir sur certaines baisses d’impôts et cotisations ou sur les promesses d’aides à l’investissement des ménages.
Et là sont nés les Gilets jaunes avec les conséquences que vous connaissez. 
C’est pourquoi nous avons adopté des mesures d’urgences.
Avant d’y revenir, je profite de la présence de ma collègue Fannette Charvier pour la remercier d’avoir défendu avec force et conviction dans l’hémicycle vers 2h du matin dans la nuit du lundi au mardi, en première lecture de la Loi agricole, l’amendement d’interdiction du glyphosate que j’avais déposé et qu’elle avait cosigné avec une quinzaine de collègues. J’ai eu la possibilité d’affirmer mon vote en seconde lecture, cette fois il était à 5h du matin.
Je vous informe également, au cas où vous ne le sachiez pas, que nous avons banni ce produit dans les espaces verts de la Ville à l’époque où j’étais adjoint à l’environnement il y a près de 20 ans.
Enfin, la France est le pays le plus avancé pour la sortie de ce produit. Nous n’avons pas réussi, avec Fannette et d’autres, à inscrire cette interdiction dans la loi mais l’engagement de sortie en 3 ans pour 80% des usages est là. La machine est lancée, la dynamique est là, et nous sommes pleinement engagés sous le regard de l’opinion publique. Une mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate a d’ailleurs été créée dans l’objectif de vérifier l'effectivité du plan du Gouvernement pour sortir la France de l'utilisation du glyphosate.
Soulignons tout de même que la fin du glyphosate n’est pas la fin des dangers des phytosanitaires. Sur ce point mon engagement est constant, tant pour favoriser une véritable transparence dans l’utilisation de ces produits et des procédures d’autorisation de mise sur le marché plus strictes qu’un développement de l’agriculture biologique, sur-lequel j’ai notamment participé à la conservation des aides aux maintien en 2018. 




Avant de conclure, je voudrais revenir plus globalement sur ces trois valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
D’abord pour constater qu’il existe des vases communicants entre elles, notamment entre la liberté et la fraternité.
Ainsi, plus l’individualisme et l’égoïsme prennent le dessus, plus la fraternité est entamée. 
Pourtant, l’inconditionnalité des droits et des aides monétaires en ce qu’elle représenterait une traduction de cette fraternité ne peut-elle pas elle-même être assimilée au libéralisme quand la société se résigne à des dispositifs trop généraux et se déresponsabilise , voire se déculpabilise,  du sort réel des bénéficiaires quand il faudrait, au contraire, faire preuve d’une exigence beaucoup plus forte avec un accompagnement individualisé qui témoigne d’une attention à chacun plus qu’à un ensemble indifférencié.
C’est d’abord une exigence d’efficience pour la société, une exigence bienveillante et du respect pour chacun de nos concitoyens, en particulier les moins favorisés.
Autrement dit, la fraternité c’est avant tout se donner les moyens, depuis la petite enfance jusqu’à la formation professionnelle pour que chacun ait véritablement sa chance, ses chances, de jouir de sa liberté. Ce n’est ni la charité, ni la seule inconditionnalité. 
C’est la condition d’un équilibre entre les droits et les devoirs.
Sur cette question des valeurs, je vais terminer sur le sommet de Davos au cours duquel nombre de prises de paroles sont allées dans le sens d’une « remoralisation » de la mondialisation, une mondialisation inclusive. Il faut remettre le social, « le travailleur », « la communauté », l’environnement au centre de l’activité économique a-t-on entendu. Ce qui au passage résonne avec la Loi PACTE adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale qui a introduit la dimension sociale et environnementale dans l’objet de l’entreprise jusque-là confinée au profit. Il est certain que les acteurs de ce sommet ont senti le vent du boulet populiste qui vient encore de frapper en Andalousie et aux Philippines.
J’avais été frappé lors de l’édition de l’an passé de ce sommet, par le propos du Président de la République quand le premier jour, il avait vanté la "baisse du coût du travail et du capital", la "flexibilité" et une réforme du travail qui réaligne la France sur les standards de l'Allemagne et de l'Europe du Nord. 
Le lendemain, au contraire, il avait insisté sur les enjeux d'une croissance équitable, et la nécessité de se battre pour l'environnement et contre l'évasion fiscale. 
Il avait donc témoigné de cette tension entre liberté et fraternité qui traverse la société et au fond chacun d’entre nous.
Tout cela pour dire que les choses sont complexes et qu’il faut se garder de sentences caricaturales et définitives.
Je vantais il y a quelque minutes l’enjeu du développement local pour faire pièce à la mondialisation.
Pour autant, il est évident qu’il faut poursuivre l’action au plus haut niveau, dans les négociations internationales, pour réguler la mondialisation.
C’est tout l’enjeu de l’élection européenne qui arrive et qui va marquer le débat politique dans notre pays dans la suite du grand débat national auquel les Français portent un grand intérêt.
Sur les grands enjeux, de l’économie et des marchés, de la finance et de l’évasion fiscale, de la paix et de la défense, des trafics en tout genre et des migrations, du climat et des ressources, c’est à l’échelle internationale que ça se joue et c’est la raison pour laquelle il faut être ambitieux pour l’Europe. C’est là en particulier qu’il faut mettre en œuvre les mesures urgentes pour protéger le climat et sans doute relancer la taxation du carbone.
2019 doit être l’année du dialogue et des retrouvailles, elle doit être celle des citoyens et des territoires, celle de élus et des collectivités locales, celle de l’Europe enfin. 
Le grand débat proposé par le Président de la République durant le premier trimestre est une occasion pour chacun d’entre nous, là où nous sommes, d’y prendre part. 
Nous sommes dans un moment rare, un de ces moments où le peuple, comme lors d’un conseil de famille, où chacun des membres parle de la même chose, où nous regardons tous le même objet, où nous sentons à la fois un danger et une opportunité pour progresser comme chaque crise en donne l’occasion.
Soyons à l’action !
Et maintenant allons partager un verre autour du buffet que j’ai choisi de commander au FJT de la Cassotte pour un moment chaleureux et convivial.