Tribune : Syriza, une opportunité pour François Hollande porter une troisième voie en Europe

Tribune d’Eric ALAUZET

Ce fut une erreur de la part de l’Union Européenne et du FMI d’imposer à la Grèce de retrouver l’équilibre financier grâce à la seule réduction des dépenses publiques. La  purge a été d’une telle violence qu’elle a épuisé le peuple grec et sclérosé l’économie grecque.

Pourtant, la réduction des déficits est indispensable. La dette grecque s’élève à 320 milliards d’euros, représente environ 175% de son PIB et paralyse l’économie grecque. De plus les opérations de relance massive n’ont jamais réussi à conjurer l’effritement inexorable de la croissance.

Suite à la décision de la Banque Centrale Européenne (BCE) de suspendre le régime de faveur qu’elle accordait aux banques grecques, les relations se sont tendues entre la Grèce et certains de ses partenaires européens. La BCE est finalement revenu sur sa décision mais en imposant des taux d’intérêts élevés alors que les taux d’intérêts élevés depuis plusieurs années ont déjà fortement pénalisé ce pays

Dans cette situation, la France doit, plus que jamais, jouer un rôle de médiateur pour permettre l’émergence d’une solution permettant à tous de sortir gagnant. Entre la politique dévastatrice de réduction massive des dépenses publiques et l’aggravation des déficits et de la dette, il nous faut donc trouver une troisième voie.

Cette troisième peut s’illustrer dans deux mesures, je les ai présentés lors de ma question au gouvernement début février.

La première : l’effacement des intérêts de la dette. Cela ne serait que justice. En effet, si chaque État doit rester responsable de ses dettes, il est incompréhensible que l’Union européenne n’ait pas protégé ses membres face aux taux d’intérêts usuraires pratiqués par ceux qui ont spéculé sur les dettes souveraines, ce qui a conduit à une évolution exponentielle et rédhibitoire de la dette.

La seconde : augmenter les recettes de l’État grec. Bien entendu, la Grèce a la responsabilité de mettre en œuvre les réformes permettant à l’État de lever efficacement l’impôt, mais elle ne pourra pas mettre fin seule à l’évasion fiscale. Il incombe donc à l’Union européenne d’accélérer la mise en place des mesures du G20 visant à limiter les transferts de bénéfices des multinationales vers les paradis fiscaux.

La trajectoire de réduction des déficits publics de la Grèce ne trouvera une légitimité politique et citoyenne et une réelle crédibilité que si l’Union se fixe le double objectif de l’extinction de l’évasion fiscale et de l’abandon des intérêts sur la dette souveraine.

Dans cette affaire, la question de la crédibilité n’est donc pas seulement posée à la Grèce mais aussi à l’Union européenne. La France et François Hollande peuvent jouer un rôle déterminant entre les excès des uns et des autres, entre le Sud et le Nord de l’Europe entre la Grèce et l’Allemagne et représenter une troisième voie.

 Eric ALAUZET, 9 février 2015

La question du 4 février : http://ericalauzet.eelv.fr/eric-alauzet-la-question-de-la-credibilite-nest-pas-seulement-posee-a-la-grece-mais-aussi-a-lunion-europeenne/ 

 

Pour mieux comprendre la dette grecque :

A qui appartient la dette grecque ? La dette grecque est  aujourd’hui détenu majoritaire par des acteurs publics : 141,8 milliards pour Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), 53 milliards d’euros pour l’Union Européenne et 32 milliards pour le FMI.

Combien la France a-t-elle prêté à la Grèce ? En tout la France a prêté près de 42 milliards à la Grèce. Ainsi elle est engagée pour 31 milliards au travers du fonds européen de stabilité financière (FESF), puisque chaque pays de la zone euro participe à ce fonds à proportionnellement à son poids économique. La France a également prêté 11 milliards à la Grèce dans le cadre de prêts européens bilatéraux.

La Grèce paient-elles des intérêts à la France ? La durée des prêts bilatéraux des pays européens est de 30 ans et les taux d’intérêts sont de 0,83%. Ainsi son prêt rapporte 80 millions par an à la France. Par contre la BCE reverse les intérêts qu’elle touche à la Grèce.

Le gouvernement Grec propose-t-il d’annuler la dette ? A ce jour la proposition de la Grèce a évolué, son gouvernement en demande plus l’effacement total ou partiel de la dette mais sa restructuration. Ainsi le montant de la dette resterait le même, ce sont les modalités de remboursement qui serait modifié.

Les plans de sauvetage de la Grèce :

Le premier plan de sauvetage : il prévoit Un plan de soutien à la Grèce composé pour 80 milliards d’euros de prêts bilatéraux consentis par les États membres et pour 30 milliards d’euros de prêts accordés par le FMI. Il prévoit également la création d’un fonds de stabilisation de 750 milliards d’euros. Ce fonds à pour objectif de préserver la stabilité financière de l’Europe en fournissant une assistance financière aux États de la zone euro en difficulté économique

Le deuxième plan de sauvetage : le plan d’aide s’élève à 130 milliards pour les créanciers publics (principalement pays de la zone euro et pour un montant non défini encore par le FMI). La réalisation de ce plan est conditionnée  à la finalisation de la restructuration de la dette privée, la mise en place de réformes sur les salaires, le marché du travail. Les créanciers privés acceptent une réduction de 53,5 % de leurs créances pour un montant de 107 milliards d’euro.

Les réformes menées par la Grèce :

Depuis 2010 la Grèce a mené des réformes visant à équilibrer les comptes de l’Etat : , une réduction de 30% des primes du secteur public, le gel des pensions, une augmentation des taxes sur l’essence, le tabac et l’alcool, une augmentation de la TVA qui passe à 23%, , le gel des salaires des fonctionnaires pendant trois ans, la flexibilisation du marché du travail, la durée de cotisations retraites sera portée de 37 annuités à 40 annuités en 2015.

Les conséquences de la politique d’austérité :

  • Entre 2010 et 2012, le taux de pauvreté a augmenté de 98% ;
  • Entre 2009 et 2014 le taux de chômage a augmenté de 190,5% pour atteindre 27,6% ;
  • Entre 2003 et 2013 la productivité a baissé de 8,8%
  • Entre 2007 et 2013 la dette a augmenté de 36,5% ;
  • Entre 2007 et 2012 le revenu par ménage a baissé de 30% ;
  • Entre 2003 et 2011 le taux de mortalité infantile a augmenté de 42,8%