Semaine des écolodéputés : Nucléaire : « Nous n’avons pas le droit de nous tromper une nouvelle fois ! »

Retrouvez chaque semaine l’actualité des députés écologistes à l’Assemblée nationale : Projets et propositions de loi, questions au gouvernement, initiatives, communiqués de presse.

Et une des interventions en fonction de l’actualité est sélectionnée sur le site du député du Doubs.

 

 

Semaine du 19 au 23  janvier 2015 :

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 À l’Assemblée, l’ambiance des débats semble plus posée après le mouvement du 11 janvier. Pour autant – et c’est signe de vitalité républicaine- la vie parlementaire continue : nucléaire, loi Macron, fin de vie au programme, avec pour les écologistes la préparation de la « niche » du 29 janvier.

 

 

 

Nucléaire : Question à Ségolène Royal

 

Les dernières déclarations de Ségolène Royal sur la nécessité d’envisager à moyen terme la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en ont surpris plus d’un. Denis Baupin, tout en rappelant l’opposition des écologistes à tout nouveau chantier, demande à la ministre de préciser sa pensée et de confirmer l’objectif de réduction prévu par la loi :

 

Denis Baupin. Madame la ministre de l’écologie, vous avez déclaré la semaine passée que la France devrait programmer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

 

Au moment où la filière nucléaire française accumule échecs industriels et faillites financières, je ne vous cache pas que cette déclaration nous a laissés pour le moins dubitatifs.

Certes, vous avez cassé un tabou en relevant que tous les vieux réacteurs ne seront pas prolongés, ce que le président de l’Autorité de sûreté a d’ailleurs confirmé hier.

 

Par ailleurs, en évoquant une génération nouvelle de réacteurs, vous tirez la conclusion logique du fiasco de l’EPR. Au vu de la multiplication par trois des budgets et des retards gigantesques accumulés, cet enterrement est une décision de bon sens.

 

Nos voisins britanniques s’interrogent, eux aussi, sur la pertinence du projet EPR d’Hinkley Point, tellement coûteux que l’électricité y serait 30 % à 50 % plus chère que l’éolien terrestre.

 

Dans ces conditions, madame la ministre, puisque le nucléaire neuf n’est pas compétitif, ne serait-il pas temps d’ouvrir un grand débat sur la meilleure façon de remplacer le vieux nucléaire ?

 

En 2014, deux tiers des installations nouvelles de production d’énergie dans le monde étaient renouvelables et la part du nucléaire dans le mix électrique mondial ne cesse de chuter. Au moment où le monde entier se tourne vers l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, notre pays a-t-il éternellement vocation à s’isoler ? (« Oui ! » sur les bancs du groupe UMP.) Au moins la réponse est-elle claire de ce côté de l’hémicycle !

 

Nous n’avons pas le droit de nous tromper une nouvelle fois en nous entêtant à produire des minitels quand le monde passe à internet ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Avant toute décision, donnons la parole aux Français. Pour remplacer le vieux nucléaire, veulent-ils une technologie coûteuse, dangereuse et qui représente une impasse industrielle ? Ou préfèrent-ils les filières d’avenir qui permettront de relancer la compétitivité et de créer les emplois d’aujourd’hui et de demain ? Ce choix est crucial pour notre pays et pour notre industrie.

 

 

le président. La parole est à Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

 

Mme Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Monsieur le député, le débat que vous demandez s’est tenu à l’occasion de l’examen de la loi de transition énergétique qui a permis de poser très clairement l’idée selon laquelle nous ne devions pas, en France, opposer les énergies les unes aux autres.

 

C’est ce que nous avons fait avec ce texte qui a été adopté à l’Assemblée nationale, auquel vous avez d’ailleurs contribué, et qui a mis en valeur deux points sur lesquels je voudrais insister. Nous devons, tout d’abord, rééquilibrer notre modèle énergétique. C’est ce que nous faisons puisque la loi prévoit de réduire la part du nucléaire dans la consommation finale d’électricité à 50 % à l’horizon 2025 contre 75 % aujourd’hui. Nous devrons dès lors faire un effort considérable pour que les énergies renouvelables montent en puissance.

Nous devrons ensuite assurer la sécurité et l’indépendance énergétique de notre pays. C’est vrai, certains pays amis et voisins ont renoncé au nucléaire, comme l’Allemagne et l’Italie. Force est de constater cependant que l’un d’eux a rouvert des mines de charbon, ce qui n’est sans doute pas le modèle énergétique que vous souhaitez. Ils achètent de surcroît en France de l’électricité d’origine nucléaire puisque nous vendons 15 % de notre production.

 

Nous devons anticiper dans tous ces domaines y compris en matière nucléaire puisqu’en 2025 l’âge moyen de nos réacteurs nucléaires sera de quarante ans et ils ne pourront être prolongés qu’avec l’accord de l’Autorité de sûreté nucléaire. C’est pourquoi nos entreprises EDF, AREVA et le CEA investissent dans l’innovation et la technologie des nouveaux réacteurs qui tiendront compte du retour d’expérience des troisième et quatrième générations.