Eric Alauzet : « Pour un audit citoyen de la dette pour coaliser les énergies à gauche et en Europe »

Le « Collectif pour un audit citoyen de la dette publique » qui rassemble de nombreuses associations militantes, a dévoilé ce mardi une étude – diagnostic importante  et précise de la dette française.

Elle se veut une contribution au nécessaire débat public sur des questions cruciales : d’où vient la dette ? A-t-elle été contractée dans l’intérêt général, ou bien au bénéfice de minorités déjà privilégiées ? Qui détient ses titres ? Peut-on alléger son fardeau autrement qu’en appauvrissant les populations ? Les réponses apportées à ces questions détermineront notre avenir.

Elle établit que la dette publique aurait été limitée à 43 % du PIB en 2012, au lieu des 90 % constatés, si la France ne s’était pas lancée « dans une course folle aux baisses d’impôt et avait refusé de se soumettre à des taux d’intérêt exorbitants ».

Sa principale conclusion : 59% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs.

Résumé et rapport : http://www.audit-citoyen.org/?p=6291

 

L’occasion pour Éric Alauzet de réagir aux récents débats européens sur le poids de la dette publique :

 

Un audit citoyen de la dette pour coaliser les énergies à gauche et en Europe

La dette et les déficits font peser une lourde hypothèque sur l’avenir de notre pays sur l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne affectés, et plus généralement sur l’avenir du projet Européen.

Mais  la question centrale est bien de savoir qui va payer la dette ? Aussi, le travail d’audit citoyen de la dette constitue une contribution précieuse pour permettre de coaliser les énergies autour d’un message commun à gauche (enfin !) plutôt que de la voir se déchirer sur le débat : « faut-il ou non rembourser la dette » ?

Certes le débat est plus nuancé ; il porte plutôt sur le rythme de réduction des déficits mais les postures prônant un infléchissement du remboursement révèlent parfois une méconnaissance partielle par certains de la gravité de la situation.

A plusieurs reprises, et constamment depuis deux ans, j’ai eu l’occasion d’écrire, de dire et de redire, que l’effort principal devait être réalisé par les créanciers, ayant profité et abusé de la dette, et par ceux qui en étaient à l’origine, c’est à dire les évadés fiscaux qui engendrent les principales pertes de rentrées fiscales.

Ce qui n’exonère pas totalement l’ensemble des citoyens pour la part de 40% (correspondant au déséquilibre entre recettes et dépenses) qui reste, face au défi qui nous est posé, car la dette provient aussi de certains dysfonctionnements de notre système de financement public.

Notamment quand on mesure les dépenses de santé redondantes voire inutiles avec une dépense qui a progressé de 1,5 point du PIB (de 6,8 à 8,3% depuis 1981) et le niveau de retraites des plus aisés cumulé avec du capital foncier et immobilier acquis pendant la période de leur vie active (*) alors que la dépense publique a quant à elle progressé de 4 points du PIB depuis 1981 (de 9,7 à 13,7%), ce qui représente au total 5,5 points de PIB, soit 110 milliards par an en Euros constants (progression mesurée hors l’inflation).

La grande difficulté, c’est l’état d’urgence mais aussi l’absence d’alliances de la gauche en France et en Europe pour faire progresser des solutions alternatives à la seule baisse de la dépense publique pour résorber la dette des Etats.

C’est pourquoi il faut faire aboutir à l’échelle européenne un processus d’extinction de l’évasion fiscale  en résonance à la demande des institutions de l’Union Européenne de « trajectoire » de baisse des déficits publics. Car rien n’oblige à réduire ces déficits exclusivement en baissant la dépense publique. C’est l’urgence et l’absence de convergence sur une alternative qui expliquent ces mauvaises décisions prises jusqu’ici.

Et pendant ce temps, notre pays, lesté par cette dette, peine à soutenir nombre de nos entreprises qui sont en grande difficulté  – exceptées peut-être les entreprises multinationales –, totalement plombées par la faiblesse de leurs marges bénéficiaires et souvent en difficulté pour accéder à l’emprunt, ce qui les rendent incapables d’investir (l’offre) pour créer de l’emploi.

Par ailleurs, le soutien par la dépense n’est pas réalisé. En effet, bon nombre de nos concitoyens ne sont pas dans la mesure de dépenser davantage, pire encore certains ne parviennent plus à subvenir à leurs besoins, et souffre de la faiblesse ou de la stagnation de leur revenu, et de la flexibilité croissante du marché du travail ne leur permettant pas pour la majorité des personnes concernés de retrouver un emploi.

A l’heure où se décide des personnalités qui formeront le collège des commissaires européens, le gouvernement Français doit rester ferme et faire de l’extinction de l’évasion fiscale le cœur de sa politique européenne (**). De cet enjeu dépend l’avenir du projet européen.

Il faut faire naître une alternative plausible à la baisse de la dépense publique pour réduire la dette des Etats, mais elle ne pourra exister sans une alliance des gauches en France et en Europe.

Éric ALAUZET

* Thomas Picketti en fait notamment la démonstration  et assure que l’accumulation du capital s’est opéré principalement sur la pierre.

** A signaler que la loi contre la fraude et la grande délinquance financière produit ses effets avec « le retour à la raison et à la maison » de 23000 ménages pour un produit fiscal de l’ordre de 2 à 3 milliards d’Euros, ce qui permettra de faire moins peser sur les ménages modestes les réductions de dépense publique pour rembourser la dette ; c’est l’exemple à suivre pour les multinationales.