ALSTOM : Quelle est la place de la transition énergétique ?

La commission des affaires économiques a auditionné dernièrement M. Arnaud Montebourg, ministre de l’Économie, du redressement productif et du numérique et M. Patrick Kron, président-directeur général d’Alstom.

Eric Alauzet, député du Doubs, a assisté aux auditions et est intervenu à chaque audition.

 

Audition de Patrick Kron, président-directeur général d’Alstom

M. Éric Alauzet. Vous avez parlé de torpillage : est-ce à dire que l’intervention du ministre a porté préjudice au projet de cession ? Plus généralement, pensez-vous que les politiques n’ont pas à se mêler de ces affaires ? Vous arrive-t-il d’être déchiré entre le court terme et le long terme ? Je serai plus direct : le citoyen que vous êtes ne doit-il pas parfois céder devant l’industriel ? Quelle est la place de la transition énergétique dans votre réflexion stratégique ? Êtes-vous concerné par le projet de création d’un « Airbus de l’énergie » ?

Vous dites que le carnet de commandes de la branche transport d’Alstom est plein pour quatre ans. Or les salariés du site d’Ornans m’ont tenu un tout autre discours : pourquoi cette divergence ?

Ce matin Luc Oursel, président du directoire d’Areva, a manifesté son intérêt pour la branche éolienne d’Alstom : qu’en pensez-vous ?

M. Patrick Kron, président-directeur général d’Alstom (…) En ce qui concerne « l’Airbus de l’énergie », je me méfie des formules. Alstom est un groupe international, comme l’est General Electric. Ce dernier a annoncé qu’il avait prévu d’installer en France son centre mondial de fabrication de turbines à vapeur et qu’il comptait conforter son centre européen et moyen-oriental dans le domaine du gaz. Il a pris des engagements quant au maintien en France des centres de décision. Il s’est engagé à augmenter le nombre d’emplois en France, notamment en régions, dans les secteurs de l’ingénierie et de la production. Les engagements sont là. Encore une fois, le fond m’intéresse plus que la nationalité. Regardez ce que font nos homologues allemands. Siemens, par exemple, vient d’annoncer qu’il comptait transférer en Floride le quartier général de sa branche énergie. Dans ce domaine, il faut se méfier de toute conception trop sommaire et considérer la situation de manière un peu plus fine.

Je vous promets que les quatre ans de commandes existent, monsieur Alauzet, voire un peu plus depuis la signature d’un contrat de 4 milliards avec l’opérateur sud-africain. Vous me permettrez de revenir vers vous après avoir vérifié ce qu’il en est des inquiétudes qui existeraient chez les salariés du site d’Ornans.

Il est vrai que des discussions sont en cours avec Areva à propos d’une éventuelle reprise du secteur éolien. Je n’y suis pas a priori opposé s’il s’avère qu’elle répond aux préoccupations de l’ensemble des parties prenantes. Il faut éviter cependant que ce qui est un projet industriel ne se transforme en vente à la découpe. Je ne pense pas que cela serait de l’intérêt des activités en cause.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-eco/13-14/c1314081.asp#P2_47

 

Audition d’Arnaud Montebourg, ministre de l’économie

M. Éric Alauzet. Monsieur le ministre, vous vous démenez pour résoudre ce problème compliqué, et je salue vos efforts.

Même si elle peut apparaître secondaire à ce stade, la question de la transition énergétique doit rester en arrière-plan de la réflexion sur ce dossier. En effet, les décisions qui seront prises au sujet d’Alstom peuvent être éclairées à la lumière de cet enjeu ; et, à l’inverse, le sort final de l’entreprise pourrait avoir des conséquences sur l’examen du futur projet de loi sur la transition énergétique.

L’activité d’Alstom concerne divers secteurs stratégiques : dans le domaine des transports, elle est plus proche de Siemens, et plus proche de GE dans celui de l’énergie. Or, ce matin, lors de son audition par la commission d’enquête sur les coûts du nucléaire, Luc Oursel, président du directoire d’Areva, a manifesté son intérêt pour l’activité éolienne d’Alstom. Qu’en pensez-vous ?

Enfin, je souhaite également savoir si une intervention de l’Agence des participations de l’État est envisageable, et si oui, dans quels domaines d’activité ?

M. Arnaud Montebourg, ministre de l’économie, du redressement productif et du numérique. (..) Au-delà du problème de la branche nucléaire, l’offre de GE soulève celui de la branche transports. Au sein de l’alliance Fer de France, RFF, la SNCF et la RATP – mais pas Alstom, qui ne s’est pas prononcé – ont exprimé à l’unisson leurs inquiétudes quant à la solitude dont souffrirait la branche transports, qui n’intéresse pas GE. Face au géant Siemens, à la puissance chinoise et aux autres acteurs mondiaux, M. Kron a déclaré qu’il voulait, avec les fonds qu’il tirerait de la vente de 75 % des actifs d’Alstom, renforcer les 25 % restants. En réalité, il va d’abord désendetter l’entreprise puis, et surtout, verser un superdividende à ses actionnaires, qui le lui réclament – et dont vous pourrez lui demander tout à l’heure le montant, car il ne m’a pas répondu sur ce point.

Que pourra-t-il faire de cet argent ? Passer des alliances ? Mais avec quels alliés ? Bombardier n’est pas disponible et les autres acteurs de ce marché sont de petites entreprises. Reste la confrontation européenne avec la puissance de Siemens, à côté de laquelle Alstom sera bien petit.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé au président de GE que soit vendue à Alstom, en contrepartie, l’activité ferroviaire de GE, qui produit des locomotives de trains de marchandises sur le continent américain et de la signalisation, pour un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros, ce qui assurerait à Alstom un renforcement mondial et une taille critique. Aujourd’hui, nous n’avons pas de contre-proposition en ce sens de la part de GE – pas plus que nous n’avons de réponse satisfaisante sur l’autre point qui préoccupe le Gouvernement.

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