Réforme des retraites : un point de situation le plus objectif possible !

Il est normal qu’une réforme aussi importante suscite des interrogations, des craintes et des oppositions. C’est même légitime. Des compromis devront être faits de part et d’autre.

Pour autant, même si des évolutions sont toujours possibles, notamment lorsque le projet de loi sera soumis au Parlement, cette réforme est nécessaire. Ne pas le faire serait irresponsable. On ne peut pas indéfiniment mettre la poussière sous le tapis. Ayons le courage de le dire. De même, chacun conviendra que cette réforme était attendue puisque le Président de la République avait proposé la mise en place du régime universel lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle.


Quels sont les grands principes présentés par le Premier ministre ?

- Un seul régime universel où un euro cotisé donne les mêmes droits à tous sera mis en place. 

- Ce système par points garantira la retraite par répartition et simplifiera les démarches pour les personnes qui changent de carrière durant leur vie professionnelle. 

- La valeur du point sera garantie dans la loi qui fixera une règle d’or : pas de baisse de la valeur des points acquis et indexation progressive sur les salaires.

- L’équilibre des comptes des retraites est repoussé à 2027.

- La transition entre le système actuel et le nouveau prendra le temps nécessaire. Ainsi, ceux nés avant 1975 ne seront pas concernés. 

- L’âge légal de départ est maintenu à 62 ans. L’âge pivot, avec son système de bonus-malus, est envisagé à 64 ans. Cette question sera évoquée par la gouvernance du futur système de retraites, qui réunira syndicats et patronat.


Outre les régimes spéciaux, c’est essentiellement cet « âge d’équilibre » qui cristallise les oppositions

Il faut entendre les critiques. Cette question devra être retravaillée avec soin lors de l’examen de la loi au Parlement.

En même temps, faut-il rafraichir la mémoire de ceux qui auraient oublié la loi Touraine du 20 janvier 2014, votée par une majorité socialiste sous le quinquennat Hollande ?

Cette réforme allonge, génération par génération, la durée de cotisations : 1 trimestre tous les 3 ans à compter de 2020 pour atteindre 172 trimestres, soit 43 ans, d’ici 2035. Aujourd’hui, il faut avoir cotisé 41.5 annuités pour avoir une retraite à taux plein. 

Certains qui utilisent volontiers le qualificatif de girouette ne seraient-ils donc que des tartuffes ? Tenir dans l’opposition des discours en contradiction totale avec les actes commis lorsqu’on était au pouvoir est une attitude qui décrédibilise la parole politique auprès de nos concitoyens. 

En proposant de reculer l’âge de départ à 65 ans, reconnaissons au moins à la droite LR d’assumer le programme du candidat Fillon aux présidentielles. 

D’autres, ceux qui sont à l’affut du moindre mouvement social espérant encore et toujours le grand soir qui conduira à la révolution, s’autoproclament dépositaires de la parole du peuple et s’arrogent abusivement le droit de s’exprimer en son nom. Si déçus de n’avoir pu récupérer le mouvement citoyen des gilets jaunes qui s’est fait sans eux, ils saisissent là l’occasion de préempter la contestation sociale. Mais au-delà d’une opposition outrancière et caricaturale, que proposent-ils ? Rien ! 


Un projet qui présente des avancées et qui devra encore évoluer

Si on veut bien faire preuve d’un minimum d’objectivité et ne pas focaliser sur les seuls régimes spéciaux et âge de départ, on notera les mesures d’équité et de justice sociale :

- Pension minimale fixée à 1000€/mois pour une carrière complète au SMIC + garantie d’un minimum de pension fixé à 85% du SMIC dans la loi.

- Allocation de points pour compenser les périodes de chômage et de maladie.

- Pour les femmes : compensation du congé maternité à 100%, majoration de 5% par enfant + 2% pour les parents de familles nombreuses de 3 enfants et plus…

- Pension de réversion : généralisation de la pension et montant de la pension égale à 70% des ressources du couple pour le conjoint survivant.

- Hauts salaires au-delà de 120 000 euros annuels : versement d’une cotisation de solidarité plus élevée qu’aujourd’hui pour financer des mesures de solidarité pour tout le monde.



Enseignants : une profession qui doit tout particulièrement être entendue

Ballotés sous tous les gouvernements de réforme en réforme, de promesses de revalorisation salariale pas toujours tenues, de « dégraissage du mammouth » voulu par un ancien ministre de l’Education Nationale, les enseignants ne font plus confiance ni aux uns, ni aux autres. Force est d’admettre qu’aucun gouvernement n’est un modèle de vertu dans sa manière de traiter ses fonctionnaires.

Faut-il rappeler qu’un professeur des écoles, recruté à bac +5, démarre à moins de 1500 euros nets et termine sa carrière au mieux à 2600 euros ?  

C’est la profession dont les revendications sont parfaitement justifiées. Les engagements pris à leur égard doivent être tenus.



Quelle issue ?

Il faut désormais reprendre la discussion et le dialogue avec les organisations syndicales afin de parvenir au nécessaire compromis et au bon point d’équilibre. 

Force est de constater que notre pays n’a pas la culture de la négociation entre Etat et partenaires sociaux, où chacun fait un pas pour rapprocher les points de vue et parvenir à l’intérêt général. 

Sur tous les grands projets, le même scénario se répète depuis des décennies :

- acte 1 : l’Etat concerte puis présente son projet, projet qui ne donne pas satisfaction ;

- acte 2 : confrontation/grèves, plus ou moins dures, plus ou moins longues ;

- acte 3 : les négociations s’engagent. 

On aurait tout à gagner collectivement à aller directement à l’acte 3.