Métiers du grand âge : le rapport El Khomri unanimement salué !

En juin 2019, la ministre des Solidarités et de la santé avait confié à Myriam El Khomri, ancienne secrétaire d’Etat à la politique de la ville et ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, une mission spécifique consacrée à la revalorisation des métiers du grand âge.

Son rapport a été remis le 29 octobre dernier. Intitulé « plan de mobilisation nationale en faveur de l’attractivité des métiers du grand-âge 2020-2024 », il dresse un diagnostic implacable et propose 5 axes, 19 objectifs et 59 mesures. L’objectif est de « répondre au besoin massif de professionnels à former dans les cinq prochaines années. Au total, c’est donc près de 352 600 aides-soignants et accompagnants qu’il faudra former dans les 5 prochaines années (70 520 par an, soit le double des flux actuels d’entrée en formation) ».

Le rapport établit un constat implacable et unanimement partagé

1/ Des métiers du grand âge peu attractif, parce qu’exercés dans des conditions difficiles, souvent mal rémunérés et peu considérés, bien qu’ils soient porteurs de sens et d’une utilité sociale majeure.

2/ Un investissement et des actions réelles des autorités publiques dans les métiers du grand âge, mais un effort dont la dispersion limite l’impact d’ensemble.

3/ Un foisonnement et un cloisonnement des organisations professionnelles qui constituent des freins structurels à une rénovation en profondeur du secteur du grand âge.

Pour répondre à ce diagnostic, cinq axes sont dégagés

Axe 1 : Assurer de meilleures conditions d’emploi et de rémunération, en ouvrant de nouveaux postes, en rénovant les conventions collectives et en mettant en place une initiative nationale
Axe 2 : Donner une priorité forte à la réduction de la sinistralité et à l’amélioration de la qualité de vie au travail
Axe 3 : Moderniser les formations et changer l’image des métiers
Axe 4 : Innover pour transformer les organisations
Axe 5 : Garantir la mobilisation et la coordination des acteurs et des financements au niveau national et dans les territoires

Loin de se satisfaire de vagues préconisations, ce sont 59 mesures concrètes qui sont déclinées, parmi lesquelles :

• Ouvrir 18 500 postes supplémentaires par an d’ici à fin 2024.
• Remettre à niveau au plus tard au 1er janvier 2021 les rémunérations inférieures au SMIC dans les grilles des conventions collectives à domicile.
• Négocier une offre nationale compétitive pour équiper les accompagnants à domicile de véhicules propres.
• Porter dans le cadre de la branche AT-MP de l’assurance-maladie un programme national de lutte contre la sinistralité, ciblé sur ces métiers.
• Imposer 4h de temps collectifs par mois d’équipe à domicile et en EHPAD.
• Supprimer le concours d’aide-soignant pour la formation initiale et l’apprentissage et assurer l’inscription dans les centres de formation via Parcours sup pour la formation initiale.
• Garantir systématiquement la gratuité de la formation, hors frais d’inscription, quelle que soit la situation du candidat.
• Réduire drastiquement l’éventail des diplômes reconnus dans le champ de l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie 14. 
• Porter à 10 % la part des diplômes d’aide-soignant et d’accompagnant éducatif et social obtenus par la voie de l’alternance.
• Porter à 25% la part des diplômes délivrés chaque année dans le cadre de la VAE en privilégiant la VAE collective.
• Permettre à tous les professionnels exerçant auprès des personnes en perte d’autonomie d’accéder à une formation spécifique en gérontologie.
• Lancer une campagne nationale de communication pour changer le regard de la société sur les personnes âgées et les métiers du grand âge.
• Soutenir et évaluer les démarches innovantes dans le champ de l’organisation du travail.
• Reconnaître l’intérêt de la pratique avancée en gérontologie et soutenir son développement.
• Créer une plateforme départementale des métiers du grand âge chargée de mettre en œuvre un guichet unique de sécurisation des recrutements.
• Assurer la mobilisation des financements nationaux nécessaires à la mise en place des actions.

Une indispensable mise en œuvre collective pour satisfaire les besoins de recrutement

Chacun en conviendra, alors que les structures à domicile comme en établissement peinent à recruter et à fidéliser leur personnel en raison de faibles niveaux de rémunération, de conditions d’exercice difficiles, de manque d’effectifs, il s’agit bien de donner envie de s’engager dans les métiers du grand âge et de l’autonomie. Cela suppose d’abord de revaloriser les conditions de travail et de rémunérations de ces emplois, ensuite de moderniser la formation, enfin d’innover pour offrir des perspectives de carrières.
Pour réussir cette feuille de route, la conclusion du rapport insiste fort justement sur la nécessaire collaboration de tous les acteurs : « La mise en œuvre de ces mesures offrira une base solide pour relever le défi de l’attractivité des métiers du grand âge et de l’autonomie, en mobilisant l’ensemble de ses leviers. Le nombre et la diversité de ces mesures reflètent l’ampleur du défi, qui requiert l’implication active de plusieurs ministères, des Conseils régionaux et départementaux, de l’Assurance-maladie, des partenaires sociaux du secteur de l’autonomie, des OPCO, du secteur public, des associations, des entreprises. La mission tient à souligner, en conclusion, que ce chantier appelle une cohérence d’ensemble des politiques publiques en faveur de l’attractivité des métiers du grand-âge et de l’autonomie. Le projet de loi Autonomie et grand âge et la réforme de la tarification, en particulier, doivent soutenir le chantier de l’attractivité des métiers du grand âge. Cela nous semble devoir être une grande loi de mobilisation de toute la société, pour des raisons éthiques, démocratiques, sociales et économiques, comme nous l’avons rappelé en préambule ».
Cette union de tous pour prendre en charge nos ainés est d’autant plus nécessaire qu’il faudrait pour réussir accepter d’y consacrer plus de 800 millions d’euros par an pendant cinq années.