La souveraineté est aussi – surtout – financière

Le débat sur la souveraineté a pris beaucoup d’importance depuis le Covid-19 et la guerre en Ukraine : souveraineté sanitaire, souveraineté alimentaire, souveraineté énergétique, souveraineté productive, souveraineté stratégique et de défense… les sujets ne manquent pas.

Mais il est une autre souveraineté qui doit faire l’objet de toute notre attention, c’est la souveraineté financière. Elle est cruciale et au moins autant que les précédentes. Elle est même une condition première pour que ces souverainetés adviennent. En effet, sans capacité propre pour les financer, il n’est point de souveraineté.

Or, quand la dette française est détenue pour l’essentiel par le secteur privé et surtout par des investisseurs étrangers – notamment des fonds souverains détenus par des États – des inquiétudes légitimes se font jour. La Grèce en a fait l’amère expérience au début des années 2010, quand ses créanciers l’ont déstabilisée au cours de la terrible crise des dettes souveraines. Les prêteurs ont la capacité de faire danser leurs débiteurs comme des marionnettes, en leur mettant le couteau des taux d’intérêt sous la gorge. Certes, de par sa place dans le monde, sa situation économique et la qualité de sa « signature » sur les marchés – qui reste l’une des meilleures au monde – la France emprunte sur les marchés sans grande difficulté à des taux encore bas – pour combien de temps ? – mais il n’en demeure pas moins une vulnérabilité potentielle de notre pays, au moment où le monde entre dans une période qui ressemble de plus en plus à une nouvelle « guerre froide », sur fond de rivalité de bloc à bloc entre l’Occident et le Sud global. Une alliance de pays, certes malmenés par l’Histoire – mais aussi par leurs propres turpitudes – qui peuvent être tentés de rendre l’Occident responsable de toutes leurs difficultés et de laisser voire de faire prospérer un sentiment de revanche sur ceux qui les ont dominés par le passé.

Cette situation doit certes nous inquiéter – et nous alerter – mais elle doit surtout nous conduire à opérer des évolutions en profondeur. Des réformes indispensables pour mieux dépenser l’argent public, des choix prioritaires clairement assumés dans les champs de la souveraineté, une mobilisation de toutes les générations au travail, une épargne davantage orientée vers l’économie réelle et vers des investissements pour l’avenir, en particulier en faveur de la transition écologique et énergétique face à l’épuisement des ressources naturelles. Tout cela ne sera possible qu’à la condition d’une capacité de résilience de notre peuple et de démonstration de l’impasse des populismes.

La dette financière, comme la dette écologique, l’épuisement des ressources naturelles comme celui des ressources financières, constituent deux fléaux indissociables qui contrarient notre souveraineté.

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