Écologie : l’ambition et la volonté n’empêchent pas l’humilité

Le 25 décembre au soir, sur ses réseaux sociaux, le site Météo Franc-Comtoise faisait remarquer que « l’occurrence de neige à Noël sur la ville de Besançon a été divisée par deux entre 1950 et [2023] » et ajoutait que « Noël 2023 [devenait] le 13ème sans neige [depuis 2011], une série [consécutive] inédite depuis le début des relevés ». Et encore, si ce n’était que ça…

L’époque où certains scientifiques et politiques étaient raillés parce qu’ils alertaient sur le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité est désormais lointaine. La prise de conscience de l’urgence est générale, voire mondiale. Il faut dire qu’avec la multiplication et l’intensification des épisodes climatiques extrêmes et des catastrophes naturelles, il est devenu plus que difficile de contester cette réalité à l’œuvre, pour ceux qui voudraient encore s’y essayer.

Toutefois, l’écologie – malheureusement comme d’autres sujets – n’échappe pas aux outrances des uns comme des autres. Alors, parlons des faits !

En matière d’écologie, la France a placé la barre haut avec, notamment, la fin des moteurs thermiques en 2035, l’obligation progressive d’isoler son logement pour le vendre ou le louer, un plan de planification écologique qui verra l’accélération des installations de production d’énergies décarbonées, la mobilisation des entreprises (cf. ci-dessous l’article « Le Gouvernement réunit les représentants du monde économique sur le thème de l’adaptation au changement climatique ») et en particulier des cinquante entreprises industrielles les plus émettrices ou encore l’implication des communes dans les zones d’accélération des énergies renouvelables. La France s’est dotée, avec sa planification écologique, du plan de décarbonation le plus ambitieux en Europe : 7 milliards supplémentaires ont été fléchés dans la loi de finances pour l’année 2024, ce qui porte le budget de la transition écologique à 40 milliards d’euros par an.

Les résultats concrets sont là : en France, avant 2017, les émissions de gaz à effet de serre baissaient de 1% par an tandis que, depuis 2017, elles baissent de 2%, soit deux plus vite. En 2023, elles ont diminué de 4,6%. D’ailleurs, avec l’Angleterre, la France est plus performante que ses voisins. Concernant l’utilisation des pesticides, là encore, la France fait la course en tête des pays européens comparables avec 3,67 kg de pesticides par hectare en 2021.

L’Allemagne, souvent citée en référence et pourtant gouvernée par une coalition Verts / Socio-démocrates / Libéraux (Grünen / SPD / FDP) fait beaucoup moins bien sur ces deux points et se retrouve mise en cause pour inaction climatique par les associations de protection de l’environnement. Aucun pays au monde ne peut servir de référence aujourd’hui et tous peinent à relever le défi. En France, chacun se souvient sans doute que le tribunal administratif de Paris avait condamné la France pour « inaction climatique » à la suite d’une plainte de l’ONG « l’Affaire du siècle », mais les opposants politiques, avec le concours de certains médias, se sont bien gardés de rappeler que ce jugement portait sur la période 2015-2018 qui a précédé l’arrivée au pouvoir de la majorité actuelle. La mémoire, même si elle peut être cruelle, nous rappelle quels étaient les partis politiques alors au pouvoir, ce qui devrait inviter ses représentants à plus d’humilité dans leurs critiques de ceux qui leur ont succédé. Depuis ce premier jugement, et tout récemment, le même tribunal a rendu un nouveau verdict par lequel il indique que « l’État [français], conformément à l’injonction qui lui avait été faite, avait adopté ou mis en œuvre des mesures de nature à réparer le préjudice en cause », au vu des résultats obtenus entre 2019 et 2022.

Bien sûr, la France doit impérativement prendre toute sa part dans l’action pour la protection du climat et de la biodiversité, et même en être un des leaders, mais il convient de ne pas oublier que seule une action planétaire globale, embarquant les cinq continents, nous permettra d’enrayer les changements en cours. D’ailleurs, cela ne pourra advenir qu’à la condition, notamment, que la Chine, et ses 1,400 milliard d’habitants, devienne un acteur majeur dans ce combat et que les États-Unis ne retournent pas à leurs démons « trumpiens ».

L’ambition et la volonté de la France en faveur d’une action résolue pour la protection du climat et de la biodiversité sont bien là, mais la transformation à opérer est d’une telle ampleur qu’elle appelle à l’humilité ceux qui sont en responsabilité comme les éternels contempteurs et protestataires.



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