Discours de vœux 2024 d’Éric Alauzet

Discours prononcé le samedi 27 janvier 2024 à Chalezeule :

Monsieur le Maire, cher Christian, merci de nous accueillir dans la dynamique et chaleureuse commune de Chalezeule.

Je souhaite pour commencer, bien entendu, vous saluer avec, si vous me le permettez, une mention particulière pour celles et ceux qui incarnent l’autorité, je veux dire ceux qui incarnent la loi et les règles, les traités et les directives, le respect des autres et la civilité. Ce qui va finalement me conduire à vous saluer toutes et tous puisque vous détenez tous, à des titres divers, certes de manière plus ou moins importante, une part de cette d’autorité que nous devons faire valoir, à commencer par les parents, et même les grands-parents qui sont nombreux ici aujourd’hui, ainsi que les associations d’éducation populaire.

Monsieur le Député, Cher Laurent,

Madame la Sénatrice, Chère Annick,

Messieurs les Sénateurs, Cher Jean-François, Chers Jacques,

Merci de vous être rendus disponibles et de signifier, par votre présence, votre volonté d’unir nos forces face à la tentation extrémiste.

Mesdames et messieurs les Maires,

Je salue évidemment les gendarmes ; le Commandant de gendarmerie du Doubs qui avait prévu d’assister à cette cérémonie mais est requis pour assurer la sécurité autour des manifestations des agriculteurs.

Monsieur le Capitaine du 6e régiment du Matériel, M. CORNOT,

Monsieur le Directeur Départemental de la Banque de France, Jean-Luc Mesure,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux,

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

Mesdames et messieurs les conseillers municipaux,

Mesdames et messieurs les représentants des administrations et des collectivités locales,

Mesdames et messieurs les représentants des associations,

Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,

Je salue encore les représentants des associations, culturelles, sportives, environnementales, éducatives, citoyennes, de coopération…. qui œuvrent inlassablement à la citoyenneté et à la civilité au travers de leurs différentes actions.

Chers amis.

J’ai une pensée particulière pour celles et ceux d’entre vous qui assistez régulièrement à mes vœux et m’écoutez patiemment. Vous savez que j’ai toujours à cœur de partager avec vous quelques analyses et réflexions et que cela peut prendre un peu de temps.

Chaque année, je m’interroge sur la meilleure manière de m’adresser à vous. Quels sujets aborder ? Faut-il passer en revue les sujets débattus au parlement durant l’année écoulée ou uniquement ceux qui ont suscité la controverse ? Quelle place réserver aux sujets locaux, nationaux ou internationaux ? Comment articuler les lois et la vie quotidienne ? Quelle tonalité ?

Comment éviter le catalogue sans oublier de parler des retraites et de l’immigration, de la fin de vie et de l’écologie, de santé et de travail, d’école et de justice, de sécurité et de recherche, d’industrie, de culture et de sport ? Il est impossible de passer tout en revue sans risquer de vous lasser.

J’ai fait mon choix : je vous parlerai de la nécessité d’unir face au poison de la division, de la société et du monde, je vous parlerai du « en même temps », du dépassement, de la dissolution, de la droite et de la gauche et de quelques autres sujets. Je vais être cash quitte à, peut-être, heurter certains d’entre vous. Mais je faillirais à mes responsabilités si je ne le faisais pas.

Mais comme la situation actuelle porte plutôt au pessimisme, j’ai choisi de commencer par le positif, pêle-mêle.

LE POSITIF

Malgré deux crises majeures, le COVID et la guerre en Ukraine avec leurs conséquences inflationnistes, notre modèle social a été préservé et nous avons continué à créer des emplois, 1,3 millions entre 2019 et 2023. Durant cette période, le taux de chômage est passé de 8,4 à 7,2% (il a baissé de 4 points chez les jeunes). Je mets ces chiffres en avant car le combat en faveur du travail et pour l’emploi constitue le fil rouge de l’action menée par la majorité présidentielle depuis 2017. En réalité, cette priorité absolue oriente tous les choix que nous faisons, comme celui de la réforme des retraites. Parce que c’est uniquement grâce au travail que nous pourrons préserver et améliorer encore notre modèle social grâce aux cotisations sociales qui proviennent principalement du travail. C’est aussi avec le travail que nous pourrons financer la transition écologique et nos services publics ou encore préserver le pouvoir d’achat de nos concitoyens.

Le pouvoir d’achat, justement, parlons-en. Le gouvernement a pris des mesures anti-inflation importantes pour limiter les augmentations, notamment celle de l’électricité grâce au bouclier tarifaire.

Une comparaison plus globale de l’évolution du pouvoir d’achat des ménages en Europe montre – cf. le visuel n°1 ci-dessous – un net avantage aux Français. C’est en réalité la conséquence d’une inflation mieux maîtrisée en France, comme vous pouvez le constatez sur le visuel n°2 ci-dessous.

Visuel n°1 :

Visuel n°2 :


Alors que la critique se focalise trop souvent sur l’idée d’une politique en faveur des plus aisés – des riches – il est nécessaire de rappeler que la France reste l’un des pays dans le monde où le taux de redistribution est le plus élevé. Avant transfert, les 10% de ménages les plus aisés disposent d’un revenu 18 fois plus élevé que les 10% les plus pauvres. Mais l’écart n’est plus que de 1 à 3 après redistribution, comme vous pouvez l’observer sur le visuel n°3 ci-dessous (source INSEE). La France demeure un pays très socialisé.

Visuel n°3 :

Sur le plan écologique, la France a placé la barre haut avec la fin des moteurs thermiques en 2035, l’obligation progressive d’isoler son logement pour le vendre ou le louer, la planification écologique qui verra l’accélération des installations de production d’énergies décarbonées ou encore l’implication des communes dans les zones d’accélération des énergies renouvelables. Et la France dispose aujourd’hui, avec la planification écologique, du plan le plus ambitieux en Europe.

Je pourrais ajouter toutes les actions et projets locaux qui résultent de l’engagement de nombre d’entre vous dans leur commune ou dans leur association, parfois, même souvent, avec l’aide de l’État et des collectivités locales, des fondations, du mécénat et clubs services, des organisations d’entraide qui méritent d’être mieux connues et saluées pour leurs actions.

Pêle-mêle, je peux citer l’accord pour le transfert à Saône de la gendarmerie de Tarragnoz et celui pour une nouvelle maison France services sur la commune de Devecey. Celle de Marchaux est inaugurée aujourd’hui. L’inauguration d’une nouvelle résidence sénior à Besançon. De nombreuses réalisations pour favoriser la rencontre et la convivialité dans les communes, avec les espaces de plein-air à Saint-Hilaire ou Chassagne-Saint-Denis, une micro-crèche à Cussey-sur-l’Ognon, un bâtiment périscolaire à Bouclans, une halle au marché à Thise ou encore une salle communale à Guyans-Durnes ainsi qu’à Ollans avec la nouvelle mairie. Je tiens à saluer tout particulièrement l’engagement des élus pour la cause du climat. Elle est loin l’époque où, avec mon bâton de pèlerin, je devais convaincre de la nécessité de s’occuper d’écologie. Toutes les communes sont aujourd’hui à l’action, avec la réduction de la consommation de l’éclairage public, l’isolation des bâtiments municipaux, l’installation de production d’énergies renouvelables – solaire, éolien, bois, géothermie…, l’utilisation de matériaux de construction locaux, la restauration de bâtiments existants délaissés pour y installer des logements, la protection des espaces naturels sensibles et la création de zones de protection biologique intégrale, ou encore la réalisation, par le Département, d’une nouvelle voie verte entre l’Hôpital-du-Grosbois et Ornans.

Et de beaux projets en vue pour 2024 : une station BioGNV à Marchaux-Chaudefontaine, une centrale photovoltaïque à Geneuille, des éoliennes à Nancray. Je pense aussi au médicobus dans le Doubs pour lutter contre les déserts médicaux. Les projets sont nombreux.

Malheureusement, ce tableau positif est assombri par les divisions qui minent la société.

LE POISON DE LA DIVISION

Aussi, je me dois, avec vous, de tenter un bilan lucide de la situation même si cela me conduit à emprunter des propos plus graves.

Le Président de la République a évoqué le retour de l’impensable. Il faisait référence évidemment à la guerre en Europe, en Ukraine, mais aussi à la remise en cause de notre modèle de société, de nos valeurs, de la démocratie. Précisément, la guerre menée par la Russie à l’Ukraine en est un exemple patent, il suffit d’écouter Vladimir Poutine pour s’en convaincre. Une victoire de la Russie contre l’Ukraine annoncerait un risque imminent pour d’autres pays de l’Union européenne. C’est évidemment inconcevable, l’Europe ne peut pas envisager une victoire de la Russie. Et cela implique la poursuite de notre engagement aux côtés de l’Ukraine avec nos alliés.

Mais la menace pour nos démocraties est encore plus profonde. Elle tient à une alliance objective qui ne cesse de s’élargir au sein de ce que l’on nomme le « Sud Global », qui conteste le poids de l’Occident. Les pays concernés agissent au sein même des instances internationales pour remettre en cause les références admises communément, tels que les Droits de l’Homme, le caractère inviolable des frontières ou la souveraineté des États. Pour s’unir, ils usent du sentiment de victimisation. Ils seraient les dominés, les colonisés d’antan, les pauvres, bref, les damnés de la terre. De là à passer de la victimisation à la revanche, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir. Au point de représenter un risque pour la paix dans le monde. Je pense bien entendu à la Corée du Nord, à l’Iran, à d’autres pays en Afrique ou en Amérique du Sud. Pour la Russie c’est malheureusement déjà fait. Et les tensions en mer de Chine avec Taïwan soulèvent des inquiétudes réelles.

Nous devons tirer plusieurs enseignements de cette situation.

  • Premier enseignement : le modèle occidental est en réalité minoritaire à l’échelle internationale et nos valeurs ne font plus rêver. Cette situation nous incline d’ailleurs à la modestie. Le temps où nous donnions des leçons au monde entier est derrière nous. Aussi, la modestie et l’humilité guident mes relations désormais régulières avec la Chine et ses responsables.
  • Deuxième enseignement concernant l’organisation politique du monde. Nous devons faire l’effort de comprendre, au moins partiellement, le ressentiment d’une partie du monde envers l’Occident. Quoiqu’il en soit, il peut être risqué, et de toute manière illusoire, de vouloir préserver un monde unipolaire dominé par l’Occident et les États-Unis. Pour autant, un monde bipolaire, qui verrait rivaliser le « Sud global » et l’Occident, le serait tout autant si ce n’est plus encore. La France, fidèle à sa stratégie d’indépendance et d’alignement mesuré sur les États-Unis peut, et doit, jouer un rôle stratégique pour promouvoir et faire advenir un monde multipolaire. L’Afrique, notamment, devra progressivement trouver sa place en évitant de passer d’une dépendance à l’Occident à une dépendance à la Chine et à la Russie. Une Chine qui, même si elle instrumentalise le Sud Global pour se dresser face aux États-Unis, promeut, comme la France, un monde multipolaire et prône avant tout la paix, parce que c’est la condition pour elle de développer son économie. À l’échelle de la diplomatie parlementaire, le groupe d’amitié France-Chine dont j’assure la présidence agit en ce sens.
  • Troisième enseignement : cette division du monde trouve en réalité son écho et son équivalent au sein même de notre pays et de la société occidentale. La fracturation est bien réelle, les fracturations devrais-je dire. Vous les connaissez, on vous rebat les oreilles avec ces sujets : fracture sociale, entre les riches et les pauvres, fracture territoriale, entre les villes et la campagne, fracture générationnelle, entre les « vieux » et les jeunes, fracture numérique, entre ceux qui sont bien lotis et savent naviguer et ceux qui n’ont pas cette chance, ou encore des fractures sur des questions de société. Des fractures auxquelles vient s’ajouter progressivement celle du télétravail et qui recoupe malheureusement la même ligne de clivage. Avec le sentiment, pour un certain nombre de nos concitoyens, de ne pas être du bon côté, d’être abandonnés, oubliés, méprisés. Bref, d’être des victimes. Les difficultés sont réelles mais nous devons nous défier de l’instrumentalisation, de la victimisation dont les partis extrêmes font un usage outrancier.

 

Et la boucle est bouclée quand on connaît les proximités des partis extrêmes, en France et en Europe, avec des pays et des régimes autoritaires et totalitaires, à commencer par la Russie.

Au fond, tant au niveau national qu’au plan international, c’est bien la division et la fragmentation du monde et de la société qui se dessinent et qu’il faut conjurer. Avec des mondes qui ne se comprennent plus, même, qui ne se parlent plus. Des mondes qui s’opposent et qui finissent par se haïr. Défions-nous de celles et ceux qui sont à l’œuvre… ceux qui vouent l’Europe, l’Occident, l’OTAN, notre histoire même, aux gémonies, ceux qui agitent les peurs et choisissent leurs boucs-émissaires ; les pauvres, les riches, les étrangers, les sachants, les journalistes, les élus, l’Europe, encore et toujours, et j’en passe.

La division est aussi visible dans l’actualité. Bien sûr, je ne peux pas vous présenter mes vœux sans avoir quelques mots sur la mobilisation de nos agriculteurs. Leur colère et leurs inquiétudes ne peuvent pas nous laisser indifférents. Elles sont anciennes et légitimes. Les paysans travaillent dur, sans compter leurs heures, ne réussissant pas toujours à se verser un salaire, pour satisfaire un besoin qui nous est essentiel : se nourrir. Soutenir notre agriculture c’est aussi garantir notre souveraineté alimentaire.

Je veux dire à nos agriculteurs qu’ils ne doivent pas se tromper de combat. L’Union européenne n’est pas responsable des fragilités de l’agriculture française, ce serait même plutôt l’inverse, sans Union européenne, sans son marché unique et sans sa politique agricole commune, ils seraient broyés par la mondialisation et la situation serait probablement encore plus difficile. Quand j’entends le Rassemblement national, avec son habituelle obsession nationaliste, affirmer que l’Europe assassine les agriculteurs, les bras m’en tombent : je veux rappeler que c’est tout simplement faux ! Le budget de la politique agricole commune est le premier budget de l’UE. La France et les agriculteurs français en sont les premiers bénéficiaires. Pour certains agriculteurs, l’argent de la politique agricole commune représente l’intégralité de leur revenu ! On ne peut donc pas dire, raisonnablement, que c’est l’Europe qui tue les agriculteurs. Mais chacun a bien compris qu’il s’agit pour l’extrême-droite, avant tout, d’user du ressort de la victimisation pour alimenter la colère contre le système et un vote contre l’Europe.

Oui, l’Europe instaure des normes et des contraintes. Oui, la machine administrative peut être compliquée et parfois exaspérante, surtout quand les paiements tardent à arriver. La colère et les inquiétudes sont tout à fait compréhensibles, mais dire que l’Union européenne tue notre agriculture, comme le fait le RN, c’est faux et archi-faux !

L’Union européenne et les dirigeants sont, sur ce sujet de l’agriculture, pris entre deux feux – et je conçois que cela puisse parfois apparaître comme incohérent : d’une part, une nécessité d’agir pour protéger l’environnement, la biodiversité et la santé des européens et, d’autre part, une autre nécessité, celle de ne pas étouffer nos agriculteurs, qui ont besoin d’exister et de produire. Nous devons être à leurs côtés.

Parenthèse d’actualité faite, je veux aussi dire que face à l’impensable en Europe, nous devons garder les yeux grands ouverts quant au possible retour d’un conflit militaire sur notre territoire.

L’histoire des munichois nous éclaire, eux qui considéraient qu’il y avait « d’autres solutions que de se faire la guerre ». On sait ce qu’il est advenu. Ce que résume parfaitement la célèbre « philippique » de Churchill : « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! ».

C’est tout le sens de la loi de programmation militaire 2024-2030 qui se réplique partout en Europe. Après la loi de réparation entre 2019 et 2023, le Parlement a adopté une loi de transformation de nos capacités de défense. Elle renforce les moyens déjà ambitieux de la précédente loi, soit 400 Md€ de crédits sur 7 ans contre 295 Md€ durant la précédente pour répondre à 4 grandes priorités politiques et militaires : la dissuasion nucléaire, clef de voûte de notre outil de défense, le renforcement de nos moyens tous azimuts, la coordination avec les armées de pays alliés et le soutien aux soldats et à leurs familles.

Je dois reconnaître que jamais, je n’aurais pensé que notre pays – comme ses voisins – opérerait un tel virage et que je devrais ici le mettre en avant, devant vous, lors de mes vœux.

UNIR

Dans ce contexte, unir reste donc plus que jamais une nécessité. D’ailleurs, c’était, et cela reste, un des trois enjeux affichés dès 2017 par Emmanuel Macron au fronton de son projet : « libérer, protéger (j’y reviendrai), unir ».

Unir c’est d’abord combattre les mensonges et les fausses informations qui prospèrent, en particulier sur les réseaux sociaux.

C’est batailler contre la mauvaise foi de ceux qui, en réalité, ne souhaitent pas que les choses s’arrangent car ils veulent continuer à profiter de la misère sur fond de victimisation.

C’est également refuser de croire aux mirages de celles et ceux qui n’ont jamais gouverné et qui sont installés dans le confort douillet du ministère de la critique et du « yaka faucon ». Et pour cause, ils n’ont pas de bilan et ils n’en ont jamais eu car ils n’ont jamais gouverné – et c’est tant mieux ! Et comme dit le proverbe : « Il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne se trompe pas ».

Au-delà des choix politiques qui peuvent concourir à réunir, en particulier à l’échelle de la nation et de l’Union européenne ces vœux sont pour moi l’occasion d’encourager chacun d’entre nous, là où il est, à apporter sa pierre à l’union.

Comment, me direz-vous ?

D’abord, en étant dans l’action et en ayant des projets car les projets réunissent, dans le positif. L’action est d’ailleurs un excellent remède contre le pessimisme. Aussi, je vous souhaite d’imaginer et de réussir tous les projets personnels, professionnels ou associatifs qui pourront vous animer.

L’action, bien entendu, mais aussi la bienveillance. En accordant plus de considération aux autres et peut-être un peu moins à soi-même, nous pourrons alors apaiser la société, rapprocher les points de vue, mieux se comprendre et se respecter. La bienveillance et la tolérance, mais aussi la curiosité et l’intérêt pour la différence, pour l’altérité, constituent des ingrédients nécessaires à l’apaisement. Au point de changer d’avis, me direz-vous ? Oui, parfois ! Il ne faut pas en avoir peur. J’ai moi-même beaucoup évolué, vous êtes nombreux à le savoir ici. Et j’en suis fier. On peut conserver les mêmes valeurs et ouvrir les yeux sur la réalité de la société et se libérer de certains carcans pour en tirer le meilleur.

Pour conclure cette partie sur le poison de la division et la nécessité d’unir, je vous souhaite à la fois d’être dans l’action et d’être ouverts et attentifs aux autres. Gardons toujours à l’esprit cette citation de Saint-Exupéry : « le plus beau métier de l’Homme est le métier d’unir les hommes ».

DU « EN MEME TEMPS » AU « DEPASSEMENT » ET AU DEBAT DROITE GAUCHE, « ON EST PERDU »

Venons-en à un sujet qui fait l’objet de nombreuses questions et de doutes et je suis certain que c’est votre cas.

Ceux qui ont, pendant des décennies, connu le clivage droite-gauche – qui a fini par épuiser les uns et les autres – peuvent éprouver des difficultés pour se repérer dans un paysage politique actuel qui semble confus. Alors je vais tenter de vous éclairer.

Je vais commencer par le fameux « en même temps ».

Peut-être, parmi vous, certains se demandent encore ce que cela signifie, d’autres considèrent qu’on ne peut pas faire du « en même temps » sans peut-être même savoir précisément de quoi il s’agit. Les plus critiques considèrent qu’on ne peut pas faire de « en même temps », au motif que ce serait contradictoire et que cela permettrait de dire tout et son contraire, ou que ce « en même temps » conduirait à l’immobilisme, comme on ne peut pas avancer ou reculer « en même temps » au risque de faire du surplace. D’aucuns encore, pensent que cette idée masque une indécision et enfin il y a ceux qui y sont attachés mais qui pensent, à tort que « le  « en même temps » : c’est fini ! ».

En réalité, le « en même temps » traduit le refus des doctrines et des carcans, la volonté de regarder la réalité en face, l’acception de la complexité et par conséquence le rejet du simplisme et du populisme pour être plus efficace. Une attitude qui conduit naturellement au dépassement du traditionnel clivage droite-gauche. Je vais y revenir plus précisément mais rien de mieux pour y voir clair que d’illustrer le propos.

Prenons le débat sur l’énergie. En 2023, nous avons adopté deux textes : la loi d’accélération du nucléaire et la loi d’accélération des énergies renouvelables.

  • Quand nous avons débattu du texte de relance du nucléaire, certains, à gauche, s’y sont opposés, notamment au motif que cette énergie est dangereuse et parce que cette position fait partie de la doctrine du parti. Aussi, parce que selon eux, le nucléaire empêcherait le développement des énergies renouvelables.
  • Quand nous avons débattu des énergies renouvelables, d’autres, cette fois du côté droit de l’hémicycle, nous ont expliqué tout le mal qu’ils pensaient des énergies renouvelables considérant que seule l’énergie nucléaire valait la peine.

 

Le Gouvernement et la majorité, parce qu’ils ont mesuré l’ampleur et l’urgence du défi climatique et parce qu’ils ne sont pas enfermés dans une doctrine ou sous la coupe de lobbies, ont décidé de mener les deux de front, « en même temps ». Parce que l’une et l’autre sont décarbonées et que nous ne pouvions faire l’impasse sur aucune d’entre elles pour atteindre nos objectifs de neutralité carbone et apporter une contribution significative au combat climatique pour protéger nos enfants. Vains sont les débats qui portent à bannir l’une ou l’autre en brandissant telle ou telle énergie ou solution miraculeuse. Ceux qui disent cela mentent. Il faut toutes ces énergies et ce ne sera peut-être pas suffisant pour sortir du charbon, du pétrole et du gaz comme la France et la communauté internationale s’y sont engagées. Il n’y a dans ce choix multiple, ni contradiction, ni hésitation, ni surplace, mais un choix de conviction et d’efficacité.

Deuxième illustration, la loi immigration. Si on veut bien considérer qu’il est indigne de maintenir dans une grande précarité et une forte dépendance à des employeurs peu scrupuleux, des personnes qui travaillent dans la clandestinité et qui ne devraient leur régularisation qu’au bon vouloir dudit patron, alors nous devons leur permettre d’accéder à la régularisation s’ils le demandent comme le prévoit la loi adoptée en fin d’année dernière.

Et si l’on convient qu’il faut être plus ferme pour renvoyer dans leur pays celles et ceux qui ont commis des crimes et des délits ou qui contestent nos valeurs et nos règles, alors faisons-le avec cette loi.

Régularisons et expulsons, « en même temps ». Il n’y a là ni contradiction, ni hésitation, ni surplace, mais un choix de conviction, de nécessité et d’efficacité.

Concernant le même texte de loi sur l’immigration, si l’on considère que les personnes qui ont vocation à rester en France doivent être mieux intégrées et que pour cela il faut consacrer des moyens à un accompagnement exigeant pour la maîtrise de la langue française, alors il faut le faire, comme il faut accélérer les procédures de reconduite à la frontière de celles et ceux qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire français. Mieux intégrer ceux qui restent et reconduire plus rapidement ceux qui partent. Je ne reprends pas le refrain, désormais vous le connaissez.

Mon collègue, Sacha Houlié, Président de la Commission des lois, employait une formule évocatrice pour résumer le sens de cette loi ; « cette loi – disait-il – est radicalement de gauche et radicalement de droite », en ce sens que les mesures proposées dans cette loi avaient été maintes fois annoncées, respectivement par la droite et par la gauche sans jamais être adoptées. Nous avons proposé et voté une loi « en même temps » de droite et de gauche.

Je ne peux pas quitter ce sujet sans vous apporter quelques éléments supplémentaires pour vous éclairer sur ce texte de loi et mon abstention lors du vote de la loi sortie de la commission mixte paritaire. En précisant d’emblée que le droit d’asile est évidemment intégralement préservé et que l’aide médicale d’État constituait une ligne rouge absolue, ce qui n’empêchera aucunement de traquer les éventuels abus, ce qui sera fait, dans les prochaines semaines et mois, sur la base du rapport Évin – Stefanini.

Il ne faut pas comprendre mon abstention comme un refus de choisir. Bien au contraire. Les dispositions gênantes introduites par le Sénat m’empêchaient de voter en faveur du texte final, mais l’esprit et la lettre du texte initial, proposé par le Gouvernement, étant restés intacts, je ne pouvais pas raisonnablement m’y opposer et jeter le bébé avec l’eau du bain. Les mesures telles que celles que j’ai évoquées il y a un instant restaient absolument nécessaires et il était hors de question d’y renoncer au motif que notre majorité relative nous contraignait à emprunter à contre-cœur un chemin que nous voulions éviter. Et si le texte final avait été celui du Gouvernement ou celui adopté par la Commission des lois à l’Assemblée nationale, alors j’aurais voté favorablement ; et ce, sans aucune hésitation – entendez-moi bien, sans aucune hésitation – comme la totalité de mes collègues de la majorité d’ailleurs, alors-même que 27 d’entre nous se sont opposés au texte final et que nous avons été 32 à nous abstenir. D’autres, toujours dans la majorité, ont soutenu le texte, bien qu’il ne leur convienne pas dans son intégralité, en anticipant la probable inconstitutionnalité de nombre d’amendements issus du Sénat et le retour au texte du gouvernement et de la commission. Ce qui s’est vérifié avec la censure prononcée ce jeudi par le Conseil constitutionnel.

Je reviens avec une troisième illustration du « en même temps ». Peut-on en « même temps » promouvoir la croissance économique et la baisse de la consommation d’énergie, ce qu’on appelle « la sobriété » ?

  • Pour la gauche, ou tout au moins une partie de la gauche, la baisse de la consommation d’énergie passe par la décroissance, même si cette option est moins assumée publiquement depuis que nous avons vécu, avec la crise COVID, un avant-goût des conséquences économiques et sociales désastreuses d’une séquence de décroissance.
  • Pour la droite, en tout cas pour une grande partie d’entre elle, au diable l’écologie – et donc la baisse de la consommation d’énergie – pourvu que l’on crée de la richesse.

 

La voie empruntée par la majorité est beaucoup plus ardue mais c’est la seule qui soit responsable : une croissance décarbonée. Ainsi, la France s’est dotée, avec la planification écologique, du plan de décarbonation le plus ambitieux en Europe. 7 milliards supplémentaires ont été fléchés dans le projet de loi de finances pour l’année 2024, ce qui porte le budget de la transition écologique à 40 milliards d’euros par an.

Les résultats concrets sont là : les émissions de GES baissent en France de 4,6% en 2023. Vous pouvez d’ailleurs observer sur le visuel n°4 ci-dessous que la France, avec l’Angleterre est plus performante que ses voisins.

 Visuel n°4 :

L’Allemagne, souvent citée en référence pour l’écologie et gouvernée par une coalition Verts / Socio-démocrates, fait beaucoup moins bien et se retrouve mise en cause pour inaction climatique par les associations de protection de l’environnement.

A ce propos, vous vous souvenez sans doute de la sentence du tribunal administratif de Paris qui avait condamné la France pour « inaction climatique » à la suite d’une plainte de l’ONG « l’Affaire du siècle » ? Eh bien, le même tribunal administratif vient de rendre un nouveau jugement par lequel il indique que la France a effectivement réparé son retard au vu des résultats obtenus entre 2019 et 2022. Ah oui, au fait, on avait oublié de vous préciser que le premier jugement portait sur la période qui a précédé l’arrivée au pouvoir de la majorité actuelle.

Ces trois exemples montrent que pour répondre de manière efficace à une diversité de problèmes, nous avons besoin d’une multiplicité de réponses ouvertes débarrassées des idéologies. Nous ne pouvons pas laisser certaines questions de côté au motif qu’elles seraient supposées indignes de telle ou telle doctrine politique. Je vous le dis tout net, je préfère que ce soit cette majorité qui traite du sujet de l’immigration plutôt que l’extrême droite. Le « en même temps », c’est ne pas craindre d’être catalogué de droite ou de gauche, même si cela ne vous correspond pas. « En même temps », c’est aussi écouter celui qui ne pense pas comme vous, accepter de douter et de changer d’avis, comme j’ai pu moi-même le faire, et comme d’autres écologistes ont pu le faire, sur la question du nucléaire, par exemple. Non pas que cette énergie ait ma préférence, qu’elle soit sans risque ou qu’elle soit renouvelable et représente un avenir à long terme, mais simplement parce qu’elle constitue, à cet instant, une nécessité alors que l’électrification tous azimuts va s’accompagner, malgré les économies d’énergie, d’une augmentation de consommation de 40% qui n’était absolument pas envisagée il y a encore quelques années. Ça change tout.

Bref, ces trois exemples récents, démontrent que le « en même temps » est plus que pertinent, il est indispensable et plus que jamais d’actualité pour celles et ceux qui en douteraient.

Mais je vais vous faire une confidence ; en réalité, le « en même temps » fonctionnait déjà avant Emmanuel Macron. N’a-t-on pas reproché à Français Mitterrand de mener une politique de droite ou à Jacques Chirac de faire une politique de gauche. Chaque Président, dans l’intérêt du pays et des habitants recherche le meilleur pour son peuple et peut être conduit à prendre des mesures qui ne sont pas conformes à l’orthodoxie et à la doctrine du parti qui les a mené au pouvoir. François Hollande, faute d’avoir clarifié le débat au sein du Parti socialiste et avec les Français avant l’élection présidentielle, en a fait les frais avec les frondeurs, quand il a, par réalisme, considéré qu’il fallait soutenir notre économie et les entreprises.

Ce « en même temps » balbutiant et mal assumé qui a précédé n’a pu s’exprimer réellement pour deux raisons. La première, à laquelle je viens de faire référence, tient au fait que les Présidents de la République successifs et les partis qui les soutenaient étaient encore enfermés dans leur doctrine de parti et tétanisés à l’idée qu’on les soupçonne de proximité avec leurs opposants politiques qu’ils critiquent à l’excès. La seconde, résulte d’un poids politique moins important des partis extrêmes dans le débat politique et aux élections à cette époque.

Vous l’aurez compris, la différence aujourd’hui avec la majorité actuelle et Emmanuel Macron, c’est que nous pratiquons un « en même temps » assumé et clair. Et devrais-je ajouter, systématique.

C’est dans ce contexte que les oppositions entre la droite et la gauche ont très souvent été mises en scène de manière excessive et caricaturale, pour bien rassurer celles et ceux qui ont besoin d’un monde partagé en deux. Souvent par facilité et par confort et il faut bien reconnaitre que c’est plus simple. Par paresse aussi. Il suffit de qualifier son adversaire en affirmant : « il est de droite » ou « cette mesure est de gauche » pour penser avoir soldé le débat et soudé son camp.

Je ne veux surtout pas ici laisser à penser que le débat droite-gauche n’existe pas ou qu’il est illégitime, ce serait inexact. Je pourrais même disserter un long moment sur ce qui fonde cette différence. Je ne le ferai pas mais je vais toutefois partager avec vous une définition personnelle de la droite et de la gauche. La droite privilégie l’individu, la personne, la liberté ; la gauche, le groupe, le collective et l’égalité. Là, je vous entends déjà réagir, vous vous dites « mais je suis pour la liberté et pour l’égalité ». Sans doute, vous êtes peut-être de droite et de gauche. Avec des vertus et des risques de dérives pour l’une et pour l’autre. La personne, la liberté et l’émancipation de l’individu c’est formidable sauf quand elle se fait, par individualisme, au détriment des autres. Le collectif, l’égalité, la protection et la solidarité, c’est merveilleux, sauf quand ils engendrent la déresponsabilisation. « En même temps », c’est aussi une approche philosophique ; accorder la même importance à la liberté et à l’égalité afin de construire la prospérité et la fraternité. Sachant que cet équilibre peut varier selon les lieux et les époques et que nous devons en permanence modifier cet équilibre et nous adapter pour s’approcher de la justesse.

Le débat droite-gauche, outre le fait qu’il est trop souvent caricatural et instrumentalisé, ne peut pas à lui seul expliquer la société et le monde pour déboucher sur des solutions. Alors que les extrêmes prospèrent, à droite et à gauche, cette ligne de clivage peut même se révéler caduque et non opérante.

Quand l’extrême-droite et l’extrême-gauche affichent des proximités avec des dictatures, la Russie par exemple, ce n’est plus un débat droite-gauche.

Quand ces mêmes extrêmes veulent entraver le fonctionnement de l’Union européenne, ce n’est plus un débat droite-gauche.

Quand les mêmes manient les fausses informations et les « vérités » alternatives, la post-vérité et le complotisme, ce n’est plus un débat droite-gauche.

Quand ils remettent en cause la science – on l’a vu au moment du COVID et des vaccins, à l’extrême-droite et à l’extrême-gauche, ils pouvaient être proches du Président Trump qui recommandait de boire de l’eau de javel et du Professeur Raoult qui administrait des traitements hasardeux, tel que l’hydroxychloroquine, responsable de 17.000 décès selon une étude récente – on n’est plus dans le débat droite-gauche.

Au point, que des scientifiques se voient obligés de quitter les réseaux sociaux pour échapper à la violence verbale et aux menaces, ce n’est plus un débat droite-gauche. Et je veux, à cet instant, avoir une pensée toute particulière pour un confrère médecin, le Docteur Jérôme Barrière, qui a subi récemment insultes, harcèlement et menaces, pour avoir, sur les réseaux sociaux, opposé des faits scientifiques sur la vaccination Covid à un rappeur en fin de carrière qui s’essayait à la médecine.

Aussi, les socio-démocrates, les républicains, les écologistes – tout au moins pour ceux d’entre eux qui ne veulent pas se laisser aspirer et marginaliser par les extrêmes – ont-ils l’immense responsabilité de se dépasser et de travailler ensemble. L’émergence d’un pôle central n’est pas responsable de l’effondrement des blocs de droite et de gauche comme certains aiment à le croire pour se rassurer et se déculpabiliser, c’est l’effondrement même de ces blocs historiques resté sans réponses satisfaisantes face à l’évolution d’un monde de plus en plus complexe et à la démagogie dont ils ont eux-mêmes usé et abusé, qui a conduit à l’apparition d’un bloc central. Bloc central qui, à ce stade, a été le seul en mesure d’endiguer l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en 2017 et en 2022.

Qui oserait encore affirmer que c’est la politique menée par le Président actuel et son gouvernement qui serait la cause de la montée des extrêmes. Ou alors il faudra expliquer comment Emmanuel Macron a pu aussi contribuer au succès de madame Meloni en Italie, de l’extrême-droite en Suède et aux Pays-Bas et comment il a pu encore faire prospérer l’AfD en Allemagne. Il est plus sérieux de considérer que ce phénomène est global, non seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis, en Amérique du Sud ou ailleurs.

Le débat politique va donc se poursuivre avec au moins deux grilles de lecture : le débat entre les nationaux-populistes et les européens progressistes d’une part et, d’autre part, le bon vieux débat droite-gauche. Nous verrons, avec le temps, comment les choses évolueront mais, pour l’instant, il faut faire avec les deux. On peut considérer que c’était mieux avant car plus simple. Mais je suis désolé, la complexité est là et c’est incontournable.

REMANIEMENT

Et puisque vous insistez pour m’entendre encore, je vous fais encore un petit dégagement sur le remaniement ?

« À quoi bon un remaniement si c’est pour mener la même politique ? » ont entonné en chœur les oppositions, réclamant pour les uns une dissolution dont on n’est pas certain qu’il la souhaite réellement et, pour les autres, carrément le départ du Président de la République. Sans rire !

Imaginez un instant une dissolution au motif qu’il faudrait sortir du chaos de l’Assemblée nationale.

Oh, à propos du chaos dans l’hémicycle, du désordre et du chahut que chacun a pu observer – et encore n’en avez-vous qu’une perception atténuée du fait de la portée réduite des micros – il résulte, d’une part de la volonté de blocage de l’Assemblée par l’extrême-gauche et la NUPES et, d’autre part, des alliances de la carpe et du lapin, je veux dire de la NUPES et de l’extrême-droite, pour faire échouer la majorité. Avec les outrances qui ajoutent à la mise en scène. Une situation qui, si elle peut – à raison – désespérer nombre de nos compatriotes et, j’en suis certain, nombre d’entre vous, n’a pourtant pas empêché l’adoption de la grande majorité des textes (104 textes adoptés depuis le début de la législature en 2022). Seul le texte sur les retraites a nécessité un 49.3. Quant aux autres 49.3, si nombreux selon les oppositions et les médias qui reprennent le refrain en chœur, ils sont en réalité tous concentrés sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale, des textes de loi découpés en plusieurs parties qui nécessitent autant de votes, le tout multiplié par 2 pour la première puis la seconde lecture. Sachant que les oppositions avaient de toute façon annoncé qu’elles ne voteraient pas ces budgets parce que c’est ainsi dans toutes les assemblées : une opposition se distingue par son opposition au budget, c’est un rituel par lequel elle marque son désaccord. Comme ces oppositions savent qu’il n’y pas de limite à l’usage de 49.3 pour l’ensemble du budget et que la majorité ne peut pas laisser le pays sans budget, l’histoire se renouvellera chaque année. Je peux donc vous annoncer, sans surprise, qu’il y aura d’autres 49.3 à l’automne lors des débats budgétaires. Et là, les oppositions hurleront au scandale démocratique et déposeront pour la énième fois une motion de censure, en principe destinée à faire chuter le gouvernement. Sans y croire et sans vraiment la souhaiter. Simplement parce qu’il n’y a pas de majorité alternative dans notre pays. Savez-vous qu’en Allemagne, pour déposer une motion de censure, il faut simultanément proposer le nom d’un Premier ministre de remplacement – afin d’éviter le dépôt d’une motion de censure par une majorité de circonstance qui serait en incapacité de gouverner ? Si vous avez une petite idée d’une personnalité politique susceptible de rassembler le RN et la NUPES et accessoirement les LR, je suis preneur.

Je reviens à l’idée de la dissolution. Imaginez-vous un instant la situation ? Le Président de la République expliquerait donc aux Français, qu’en raison du blocage du Parlement – ce qui, encore une fois, n’est pas une réalité comme je viens de l’expliquer, la situation est très pénible mais ce n’est pas bloqué malgré les tentatives à répétition des uns et des autres – donc, le Président dissout l’Assemblée nationale et demande aux Français de retourner aux urnes, laissant ainsi supposer qu’une solution pourra en ressortir. Et que pensez-vous qu’il pourrait advenir ? Eh bien, nous aurions à nouveau trois blocs à l’issue du vote, certes avec des poids relatifs modifiés, mais trois blocs quand même et à nouveau une majorité relative. Peut-être que la majorité actuelle resterait au pouvoir mais avec moins d’élus et encore plus de difficultés, ou alors le RN passerait devant, mais avec une majorité numériquement sans doute beaucoup plus réduite encore. Là ce ne serait plus le chaos mais l’effondrement. Et je n’ose même pas penser à la composition d’un nouveau Gouvernement avec son Premier ministre. Tout cela n’a aucun sens. Donc, nous irons, cahincaha, jusqu’au terme de la présidence Macron et du parlement actuel. Et nous avancerons, certes ce sera douloureux pour les députés, mais la France avancera et c’est l’essentiel.

Faute d’espérer et de pouvoir attendre la démission du Président de la République, il restait l’option du remaniement pour redonner de l’élan au Gouvernement et à la majorité. Avec un jeune Premier ministre dont la qualité principale me semble être son acuité et sa capacité à analyser les problèmes et à les expliciter de manière claire et compréhensible ; comme préalable indispensable à une action efficace. Ce faisant, il dispose également de grandes qualités de débateur qui seront nécessaires pour contrer les populistes et les nationalistes lors de l’élection européenne de juin prochain. Et si le Président Macron avait également, par ce choix, ouvert une option nouvelle pour 2027 ? C’est en tout cas un pied de nez à celles et ceux qui postulaient sur son incapacité à faire émerger des talents et à leur laisser prendre la lumière.

Quant au gouvernement, il marque une nouvelle étape du dépassement, et puisque nombre de socio-démocrates et d’écologistes refusent de travailler avec la majorité, lui préférant les affres de l’insoumission, alors le dépassement se poursuit principalement à droite. Pour autant parler de gouvernement Sarkozy 4 est tout à fait déplacé car il n’y a traces, dans ce gouvernement, ni de la droite conservatrice ni de la droite bonapartiste attirées sur d’autres rives. Il y a des ministres expérimentés et combattants, des ministres capables de parler sur n’importe quel média, n’importe où, n’importe quand, de n’importe quels sujets et de damer le pion aux outrances et aux excès des démagogues, des populistes et des nationalistes.

CONCLUSION

Avant entamer franchement ma conclusion, je veux, en signe d’espoir, rappeler que l’année 2024 sera celle de nombreux défis pour notre Nation. Des défis qui ne se présentent à un pays que très rarement dans son Histoire. Bien sûr, nous aurons à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques, à célébrer le 80ème anniversaire du Débarquement en Normandie et nous aurons la fierté d’inaugurer, en fin d’année, la réouverture de la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Je conclurai par une métaphore du « en même temps » et de l’union qui aura constitué le fil rouge de mon propos. La mythologie chinoise fait référence à plusieurs animaux fantastiques, dont le Dragon et le Phoenix. Il se trouve que 2024 sera l’année du Dragon en même temps que celle du 60ème anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine.

Le Dragon est le seul des douze signes astrologiques représenté par un animal fantastique qui incarne la force, la puissance et l’autorité, la chance et la réussite, les forces de la nature et du ciel au point que les empereurs en ont souvent fait leur emblème.

Le Phoenix est un oiseau fabuleux, paré de multiples couleurs. Il représente la renaissance et la transformation globale, ainsi que la douceur et la féminité (pardon pour le stéréotype, les hommes sont doux également), l’accomplissement personnel et la beauté.

Pour les Chinois, l’association du Dragon et du Phœnix, comme celle du Yin et du Yang dans la philosophie taoïste, « en même temps » et par l’union, permet d’atteindre l’équilibre et de se préserver des excès, loin des dogmes et des certitudes, mais aussi loin du découragement et de l’inaction.

Alors pour 2024 je vous souhaite, je nous souhaite, d’être portés par le Dragon et le Phœnix.

Belle et heureuse année 2024, et comme dirait le dicton : quel que soit le problème ou la question, l’apéro est toujours la bonne réponse !



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