Un remaniement pourquoi ?

Depuis des semaines, les spéculations allaient bon train concernant un possible remaniement. Tous les noms ont circulé pour à-peu-près tous les ministères. Mais personne n’avait prédit, par exemple, ni le nom du Premier ministre ni celui de la ministre de la Culture (cf. l’article ci-dessous intitulé « La nomination du gouvernement de Gabriel Attal »). Et les mêmes, qui parfois nous expliquaient que le Président n’avait d’autres choix que de remanier, font mine aujourd’hui de s’interroger sur le sens de ce remaniement. Mais le plus important consiste sans doute à parler et à occuper l’espace médiatique, me direz-vous.

La seule question qui vaut est celle du sens de ce remaniement ?

Pour certains, il s’agit surtout de pointer le virage à droite. Ils n’ont pas tout à fait tort quand les sujets prioritaires des Français – outre la question récurrente du pouvoir d’achat – sont estampillés à droite, tels la sécurité, l’immigration, la laïcité, l’autorité ou encore le travail ; des sujets que la gauche des dernières décennies n’a pas voulu empoigner préférant tout miser sur les questions sociétales. Une gauche qui n’a surtout pas voulu se mouiller depuis 2017, au risque de ne peser sur quasiment aucun débat comme pour la récente loi immigration. Toutefois, ces observateurs forcent évidemment le trait et ont tort quand ils raillent le soi-disant « retour de Sarkozy ». Si la droite modérée est présente dans ce gouvernement, comme dans les précédents d’ailleurs, ce n’est en revanche pas le cas de la droite conservatrice ou bonapartiste qui composait en partie les gouvernements sarkozistes successifs.

L’arrivée de Gabriel Attal à Matignon envoie plusieurs signaux. D’abord, celui du dépassement, que certains considéraient comme une parenthèse. À la différence de ses prédécesseurs depuis 2017, notre nouveau Premier ministre, même s’il a passé ses jeunes années de militants au Parti socialiste, a débuté véritablement sa carrière politique avec la naissance d’En marche et le dépassement. Ce qui ne l’a pas empêché, dans ses fonctions ministérielles, de se saisir de sujets réputés de droite et de manifester une autorité bienvenue.

Ensuite, cette nomination relativise les commentaires répétitifs sur le fait que le Président de la République préférerait des Premiers ministres qui n’ont pas de destin politique et des personnalités qui ne lui feraient pas d’ombre. Erreur ! Et si Emmanuel Macron, à qui on reproche si souvent de ne pas avoir su faire émerger de nouveaux talents et un éventuel successeur, avait propulsé ce jeune Premier ministre pour tenter de lui succéder à l’Elysée ?

Quant à cette nouvelle équipe gouvernementale désignée par le Président de la République et le Premier ministre, elle s’affiche nettement comme un Gouvernement de combat dans la perspective de l’élection européenne et du risque populiste et nationaliste incarné par le RN. Un choix également destiné à aborder la seconde moitié du quinquennat, jusqu’à la prochaine élection présidentielle. À l’évidence, à l’image de l’arrivée de Rachida Dati, le duo à la tête de l’exécutif a souhaité s’entourer de personnalités expérimentées, au caractère bien trempé et capables de ferrailler partout et sur tous les plateaux de télé, sur tous les sujets et dans n’importe quelles circonstances, au cœur d’une arène politique impitoyable où il s’agit de contrer les outrances.

Au-delà du casting et en attendant l’allocution prochaine du Président de la République, le projet politique reste le même. Le Premier ministre aura lui-même l’occasion, dans les prochains jours, d’une part d’étoffer son équipe gouvernementale avec la nomination de ministres délégués et de secrétaires d’État, et d’autre part d’établir sa feuille de route et de prononcer son discours de politique générale devant la représentation nationale.

Mais je ne veux surtout pas oublier le travail réalisé par Elisabeth Borne qui, en dépit d’un contexte politique inédit et particulièrement difficile, a tenu la barre sans vaciller et a mené des réformes difficiles (notamment les lois retraites et immigration) dans l’intérêt du pays et des Français. Je veux ici rendre hommage à une femme d’État, courageuse, tenace, emplie de convictions et qui a exercé le pouvoir avec sobriété et efficacité.



Pin It on Pinterest