L’instrumentalisation des faits divers

Après le dramatique meurtre de Thomas, survenu dans sa dix-septième année, le samedi 18 novembre dernier à Crépol, en marge d’un bal d’hiver organisé par le comité des fêtes de ce petit village de la Drôme, l’émotion s’est légitimement emparée du pays tout entier. En écrivant ces mots, il est d’ailleurs impossible de ne pas penser à l’immense tristesse qui dévaste les parents et les proches du jeune rugbyman depuis ce drame.

Malheureusement, comme trop souvent à la suite de ces tragédies, l’émotion a rapidement cédé sa place à la récupération et à l’exploitation politique.

L’extrême-droite, d’abord, s’est précipitée sur ce drame et a voulu alimenter le récit d’une France au bord d’une « guerre de civilisation », qui serait la conséquence, selon eux, d’une supposée « submersion migratoire ». La technique est rodée et ils y sont tous allés de leurs propos outranciers et cyniques. Marion Maréchal-Le Pen a expliqué que ce drame c’est « le racisme anti-blancs [qui] frappe jusque dans nos campagnes ». Il s’agit évidemment de bien faire comprendre aux « ruraux » – un terme qui, dans le lexique de l’extrême-droite, est synonyme de « Français de souche » – qu’ils ne doivent pas se méprendre sur le calme de leur campagne et que la menace est bien là. Pour Éric Zemmour, il s’agit d’un « francocide » et d’un « véritable djihad du quotidien ». Donc, non seulement la menace est là, mais elle l’est en permanence. Marine Le Pen a dénoncé des « milices armées qui opèrent des razzias ». De son côté, Jordan Bardella, sur TikTok et dans une vidéo visionnée à ce jour 5,4 millions de fois, a expliqué, qu’aux yeux de leurs agresseurs, « Thomas et ses amis avaient le malheur d’être de jeunes français en France ». Cette ode à la peur et à la haine aura ouvert la voie à une expédition punitive xénophobe de groupuscules d’extrême-droite dans le quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère – d’où sont originaires une partie des jeunes mis en examen à la suite du meurtre de Thomas.

La thèse de l’extrême-droite sera rapidement battue en brèche par les premiers témoignages et les constatations des enquêteurs, rapportés par les journalistes du Parisien et confirmés par ceux de franceInfo. Il n’en fallait pas plus pour que Pascal Praud, au chaud, sur le plateau de CNEWS, dans un édito hallucinant et aux relents complotistes, dénonce un « système [qui] commence à réécrire Crépol » avant d’ajouter que « la machine à broyer la réalité est en marche ».

De l’autre côté, à l’extrême-gauche, ce drame ne semble pas exister. Le 20 novembre, sur X (ex-Twitter), Jean-Luc Mélenchon dénonce « l’ignoble tentative d’égorgement arabophobe » d’un jardinier dans le Val-de-Marne… mais rien sur le meurtre du jeune Thomas ; surprenant de la part d’un homme politique pourtant habitué à réagir quotidiennement à l’actualité sur ce réseau social. Pourtant, les jours suivants, il fera quatre publications en réaction aux actions de l’extrême-droite à Romans-sur-Isère, Rennes, Lyon ou encore Grenoble. Mais toujours rien sur le meurtre de Thomas.

Une nouvelle fois, les extrêmes instrumentalisent les fais divers pour parler à leur clientèle électorale et fragilisent, toujours un peu plus, l’unité du pays.



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