Le président de la République s’exprime sur l’Europe à la Sorbonne

Sept ans après le discours de la Sorbonne, le président de la République s’est de nouveau exprimé dans le grand amphithéâtre de l’université à l’occasion d’un discours sur l’Europe le jeudi 25 avril 2024.

En sept ans, l’Europe s’est profondément transformée en traversant des crises historiques : le Brexit, la pandémie de Covid-19 et la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. L’Union européenne y a répondu par l’unité, en prenant des décisions rapides et ambitieuses, en réduisant ses dépendances et en renforçant sa souveraineté.
En sept ans, l’Europe a opéré six transformations majeures :

  • L’unité financière, par un premier emprunt européen commun, pour sortir par le haut de la pandémie ;
  • L’unité stratégique sur de nouveaux domaines, nécessaires à la protection de nos concitoyens, la santé (production commune de vaccins), l’énergie (achats communs, réforme du marché de l’électricité), la défense ;
  • Les fondations d’une souveraineté technologique et industrielle cristallisée par l’agenda de Versailles ;
  • La capacité à penser, préparer, planifier la transition écologique et numérique ;
  • La maîtrise et la protection de ses frontières, avec le Pacte asile et migrations ;
  • La coopération avec son voisinage et avec l’ensemble du continent européen (dans le cadre de la Communauté politique européenne par exemple).

 

Ces avancées ont été significatives pour la souveraineté européenne, mais elles ne peuvent suffire. Alors que « les grandes transformations se jouent maintenant », le président de la République a fait trois constats :

  • Sur le plan géopolitique et de la sécurité, l’Europe doit faire face au réarmement généralisé du monde ;
  • Sur le plan économique, le modèle économique de l’Europe risque le décrochage face à la compétition mondiale ;
  • Sur le plan culturel et intellectuel, notre modèle démocratique, humaniste et libéral est remis en cause.

 

Face à ces constats, le chef de l’État a précisé qu’il nous fallait « prendre des décisions stratégiques massives, assumer des changements de paradigmes, et y répondre par la puissance, la prospérité et l’humanisme ».

D’abord, une Europe puissance :
– Pour construire cette Europe puissance qui protège ses citoyens et ses frontières, et qui s’affirme comme une puissance d’équilibres, il nous faut construire une Europe puissance de défense, de sécurité et de partenariats, car « l’Europe est sortie d’une logique de minorité, où elle allait chercher sa protection chez les autres. Elle doit aujourd’hui s’affirmer majeure. ».
– Pour faire face à la menace que fait peser la Russie sur le continent européen et bâtir notre souveraineté en matière de défense, le président de la République a proposé de :

  • Approfondir l’Europe de la défense en bâtissant le pilier européen de l’OTAN et un cadre de sécurité commun au sein de la Communauté politique européenne ;
  • Poursuivre les échanges sur la capacité de dissuasion car elle est « par essence un élément incontournable de la défense européenne » ;
  • Lancer la deuxième étape de l’initiative européenne d’intervention proposée en 2017 pour bâtir des coopérations pragmatiques entre Européens (Ex : Task Force Takuba au Sahel, ASPIDES en Mer rouge) ;
  • Créer une « Académie militaire européenne » afin de former les futurs cadres militaires et civils européens aux enjeux de sécurité et de défense ;
  • Atteindre l’objectif d’une force de réaction rapide qui déploie jusqu’à 5000 militaires sur des théâtres d’opération d’ici 2025 ;
  • Développer une capacité européenne de cybersécurité et de cyberdéfense ;
  • Renforcer notre industrie de défense européenne, notamment en créant des capacités d’acquisition et de production conjointes et en instaurant une préférence européenne dans nos instruments de soutien aux industries de défense, en soutenant notamment la proposition de la Première ministre d’Estonie d’un emprunt commun.

 

– Pour une Europe puissance d’équilibres, le président de la République a appelé à :

  • Nouer des partenariats complets avec les pays de son voisinage, ainsi qu’avec l’Afrique et l’Indopacifique ;
  • Porter une voix singulière dans toutes les régions du monde et promouvant les enjeux des grands biens publics mondiaux (éducation, santé, climat, lutte contre la pauvreté).

 

– Bâtir une Europe géopolitique suppose aussi une capacité à maîtriser nos frontières, grâce à :

  • La mise en œuvre du Pacte asile et migrations ;
  • L’action déterminée en matière de retours et de réadmissions, grâce à une lutte contre le modèle économique des passeurs et l’utilisation de tous nos leviers (visas, préférences commerciales, etc.), ainsi que par la mobilisation de Frontex.

 

– Cette Europe puissance, c’est aussi une Europe qui protège ses citoyens contre les menaces et les réseaux qui ignorent les frontières des États, en :

  • Renforçant le Conseil Schengen, pour en faire un véritable Conseil de sécurité intérieure de l’Union ;
  • Améliorant le partage d’informations entre États membres grâce au Système d’information Schengen pour lutter contre le terrorisme ;
  • Contraignant les fournisseurs de service en ligne à modérer les contenus et à supprimer plus rapidement ceux à caractère terroriste ;
  • Renforçant la lutte commune contre les trafics de drogue, notamment dans les grands ports européens.

 

Ensuite, une Europe de prospérité :
– Le Président a présenté les objectifs de la prospérité européenne :

  • Produire plus de richesses pour créer des emplois et améliorer nos niveaux de vie ;
  • Garantir le pouvoir d’achat des Européens ;
  • Décarboner nos économies et protéger notre biodiversité ;
  • Maîtriser nos chaînes de production stratégiques pour assurer notre souveraineté ;
  • Conserver notre économie ouverte sur le monde, tout en défendant nos intérêts.

 

– Il a signalé que pour atteindre ces objectifs qui semblent parfois irréconciliables, nous devions « bâtir un nouveau paradigme de croissance et de production » :

1. Produire plus et plus vert

  • Faire de l’écologie un accélérateur pour re-localiser des usines en Europe, notamment en atteignant nos objectifs de production de batteries (100% des batteries européennes et doublement de la production de semi-conducteurs européens d’ici 2030) ;
  • Devenir le premier continent « zéro pollution plastique ».

 

2. Simplifier

  • Moderniser le marché intérieur de l’Union (émergence de champions européens, soutien aux secteurs d’avenir, préférence européenne) ;
  • Assumer la simplification, en mettant fin à la réglementation systématique et en allégeant les charges, notamment pour les TPE/PME ;
  • Avancer sur le chemin de la subsidiarité pour respecter les compétences des États membres.

 

3. Accélérer sur la politique industrielle européenne

  • Déployer une stratégie « Made in Europe », en poursuivant la méthode adoptée au Sommet de la présidence française de l’UE, à Versailles et aussi appelée de ses vœux par le Chancelier allemand, sur la réduction des dépendances critiques ;
  • Pour augmenter cet agenda de Versailles, décider de devenir leader mondial d’ici 2030 dans cinq secteurs stratégiques : l’IA, l’informatique quantique, l’espace, les biotechnologies, les nouvelles énergies (hydrogène, petits réacteurs modulaires, fusion nucléaire) ;
  • Étendre et simplifier les PIIEC (Projets importants d’intérêt européen commun) à plus de secteurs (nucléaire, les médicaments critiques et la chimie) et en particulier aux deux secteurs stratégiques que sont l’énergie et l’agriculture et l’alimentation.

 

4. Refonder notre politique commerciale européenne sur la base de la réciprocité

  • Accords de commerce modernes et justes qui respectent nos standards ;
  • Stratégie de réciprocité, avec la mise en place systématique des clauses miroir dans tous les accords commerciaux et de mesures miroir dans les réglementations européennes existantes et à venir : « si un bien ne respecte pas les normes clés, alors il ne doit pas pouvoir entrer sur le sol de l’Union comme si de rien était » ;
  • Affichage de l’empreinte carbone sur les produits pour montrer que les produits « Made in Europe » sont meilleurs pour notre planète ;
  • Extension et amélioration de la taxe carbone aux frontières ;
  • Renforcement de nos instruments de sécurité économique comme la protection de la propriété intellectuelle mais aussi des infrastructures sensibles (cf. discours à l’institut Nexus à la Haye, le 11 avril 2023).

 

5. Gagner la bataille de l’innovation et de la recherche

  • Consacrer 3% de notre PIB européen à la recherche en franchissant un cap sur l’innovation de rupture (Conseil européen de l’innovation) et en renforçant le programme Horizon Europe ;
  • Aller vers une DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) européenne ;
  • Trouver des alternatives aux produits phytosanitaires dangereux ;
  • Se doter d’un plan européen de recherche et d’investissement pour trouver des traitements sur les cancers, la maladie d’Alzheimer et les autres maladies neurodégénératives, les maladies rares ou orphelines, grâce à une alliance des centres européens de recherches et à des projets partagés.
Investir dans la formation et faire en sorte d’attirer et de garder nos talents ;
  • Renforcer l’initiative Scale-up Europe pour aider nos start-ups innovantes en soutenant la mobilité des talents.

 

6. Ramener l’investissement en Europe

  • Faire en sorte que notre modèle monétaire, budgétaire et financier réponde à nos besoins de financement ;
  • Intégrer un objectif de croissance voire de décarbonation dans nos objectifs de politique monétaire ;
  • Discuter avec nos partenaires européens d’un choc d’investissement public commun et l’augmentation de la capacité d’action financière de l’Union européenne, au moins son doublement ;
  • Développer de nouvelles ressources propres de l’Union, sans jamais peser sur les citoyens européens (taxe carbone aux frontières, taxe sur les transactions financières, bénéfices des multinationales, ETIAS) ;
  • Construire une « Union de l’épargne et de l’investissement » pour mobiliser l’épargne européenne au service de nos ambitions collectives, notamment par la création d’un plan d’épargne européen ;
  • Réviser l’application des normes prudentielles, pour ne pas sur-réguler par rapport au reste du monde.

 

Enfin, une Europe humaniste :
– Une Europe qui défend notre démocratie libérale, en :

  • Renforçant la conditionnalité budgétaire liée à l’État de droit : pas d’argent européen sans respecter nos principes fondamentaux ;
  • Renforçant nos capacités à lutter contre les actions extérieures de désinformation et de déstabilisation ;
  • Allant vers des listes transnationales aux élections européennes ;
  • Organisant des panels de citoyens et en diminuant le nombre de signatures requises pour l’initiative citoyenne européenne ;
  • Étendant le vote à la majorité qualifiée, en matière fiscale et de politique étrangère.

 

– Une Europe qui forge par le savoir, la culture et la science :

  • Renforcer l’intégration des alliances d’universités et créer des diplômes européens conjoints ;
  • Renforcer l’Erasmus de l’apprentissage et de la formation professionnelle pour atteindre 15% des apprentis européens en mobilité d’ici à 2030 ;
  • Créer des alliances de musées européens et des alliances de bibliothèques européennes ;
  • Faire d’Arte la plateforme audiovisuelle européenne de référence ;
  • Construire l’Europe des trains, qui s’appuiera sur le succès du Pass Interrail, et améliorer la connexion entre les villes européennes ;
  • Européanisons le Pass culture ;
  • Défendre nos principes et nos valeurs par un ordre numérique démocratique, en protégeant nos enfants en ligne contre les agissements des pédocriminels et contre l’exposition précoce et massive aux contenus interdits aux mineurs (majorité numérique à 15 ans, vérification de l’âge) et en interdisant les propos haineux en ligne.

 

– Une Europe de l’égalité et des solidarités :

  • Poursuivre le combat de l’égalité femmes-hommes, notamment en inscrivant le droit à l’interruption volontaire de grossesse dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
  • Créant un « Programme européen des solidarités » soutenu par le Fonds social européen, pour soutenir les États dans leurs politiques contre les précarités alimentaires, de soins ou de logement ;
  • Portant au niveau international le débat des taxations sur les grandes fortunes ;
  • Affirmer un « certaine idée de l’Europe » autour de notre patrimoine culturel et naturel en portant une ambition européenne pour nos mers, nos océans et nos forêts.

 

C’est ce nouvel agenda pour une Europe puissance, géopolitique, d’avenir, de progrès, de démocratie et de libertés que le président de la République portera au Conseil européen de juin pour définir avec ses homologues les priorités stratégiques de l’Union européenne pour les cinq années à venir.

Étiquettes
,


Pin It on Pinterest