L’autorité est l’affaire de tous, même de la gauche

À l’occasion de ses cent premiers jours à Matignon, ce 18 avril 2024, le Premier ministre Gabriel Attal s’est rendu à Viry-Châtillon (Essonne) – quatorze jours après que Shemseddine, un adolescent de quinze ans, a dramatiquement perdu la vie après un odieux passage à tabac à la sortie de son collège – pour prononcer un discours sur l’autorité au cœur de la République (cf. l’article ci-dessous intitulé « 100 jours : Le Premier ministre s’exprime sur l’autorité au cœur de la République »).

Ces drames successifs et cette violence exacerbée chez les jeunes doivent nous rappeler que l’autorité est l’affaire de tous. L’autorité doit s’exercer partout dans la société. Nous détenons tous, à des titres divers et de manière plus ou moins importante, une part d’autorité que nous avons la responsabilité de faire valoir, à commencer par les parents. Elle n’est pas l’apanage d’un camp politique et encore moins celui d’un parti.

Pourtant, l’extrême droite n’a pas hésité à ériger l’autorité en totem, surfant à loisir sur le moindre fait divers… et nous en avons malheureusement l’habitude. À l’opposé, une grande partie de la gauche, enferrée dans la NUPES et soumise à l’extrême gauche, en fait un tabou. Par angélisme ? Par culture de l’excuse ? Par fantasme d’autoritarisme ? Les trois sans doute ! Mais surtout en raison d’une défiance viscérale vis-à-vis des institutions qui doivent assurer cette autorité ainsi que de ceux qui l’incarnent, notamment à l’égard de la police (la réflexion déplacée d’un élu de la majorité municipale de Besançon qui s’émouvait du fait que le directeur de la police départementale ait pu se présenter avec son arme de service devant le Conseil en est une remarquable illustration). Une défiance qui se transforme insidieusement en rejet idéologique, au point de conduire nombre de responsables de gauche à abdiquer et à déserter cette responsabilité. Traiter de l’autorité, ce serait, selon eux, en quelque sorte, trahir ses valeurs et horriblement de droite.

Eh bien non, à tous incombe la responsabilité de faire respecter l’autorité partout et tout le temps.

En tête, la gauche doit se réapproprier l’idée que l’autorité – et par là, le respect de la loi, des règles, des autres, de la civilité, de la laïcité… – constitue la condition première (voire originelle) de la vie en société. Sans autorité ; c’est l’absence de considération de l’autre, de l’altérité, c’est l’individualisme et l’égoïsme, l’incompréhension et le ressentiment, le rejet de l’autre et même le racisme, et c’est aussi les inégalités qui triomphent. L’exercice de l’autorité contribue bien aux actions d’éducation et de prévention qui sont au cœur des valeurs de la gauche, alors, quel est le problème ?

Dans son discours, le Premier ministre a appelé à un sursaut collectif d’autorité afin de lutter, notamment, contre le repli sur soi, les incivilités et les violences. Face à cet affaissement de l’autorité, il a également dessiné un cap et a avancé des propositions pour responsabiliser les parents qui démissionnent de leur autorité familiale, pour mieux réguler les réseaux sociaux et l’accès aux écrans pour les jeunes, pour rétablir l’autorité des professeurs et des équipes pédagogiques, pour renforcer l’école du civisme, pour faire respecter les valeurs républicaines à l’école – en premier lieu la laïcité, pour repenser la stratégie des peines pour les mineurs – avec des sanctions adaptées à la réalité de la délinquance et de la violence des mineurs mais aussi pour développer un accompagnement renforcé des jeunes délinquants.

On se souvient d’une époque où la gauche était peu sensible à l’écologie, il aura fallu que les plus pauvres apparaissent comme les principales victimes de la précarité énergétique pour les amener à s’intéresser au sujet. Il en va ainsi pour la précarité sécuritaire, l’absence d’autorité pénalise d’abord les plus modestes, les plus fragiles et les plus « différents ».

L’autorité n’est pas (que) de droite, elle est une nécessité pour chacun et pour tous. Il y a urgence pour la gauche si elle veut retrouver le chemin du pouvoir.

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