Affronter les mensonges et la stratégie du bouc-émissaire de l’extrême-droite

L’élection de l’excentrique et vulgaire Président argentin, Javier Milei, qui brandit sa « tronçonneuse » pour symboliser son projet de coupe brutale dans les dépenses publiques et explique préférer la mafia à l’État, ainsi que la récente percée du Parti de la liberté (PVV), à la rhétorique anti-musulmans et eurosceptique, lors des élections législatives au Pays-Bas, sont de sombres rappels des réussites populistes à travers le monde.

L’Argentine et les Pays-Bas ne font pas exception. L’Italie ou la Suède les ont précédés. En réalité, le mouvement de repli envahit tous les espaces. L’espace national, bien entendu, mais aussi régional (Catalogne…), communautaire (radicaux islamistes, ultraorthodoxes, catholiques intégristes, sectaires, identitaires…) et individuel (égoïsme). À chaque fois, la même tentation démagogique et cette facilité à rechercher des boucs-émissaires.

Qu’il prenne le visage des « élites » ou des « technocrates », des « étrangers » ou des « immigrés », des « juifs » ou des « musulmans », des « riches » ou des « assistés »… le bouc-émissaire représente l’explication imparable et le responsable de nos turpitudes. Georges Orwell, dans 1984, a parfaitement illustré cette dérive avec son personnage du « traitre » conspué durant les rituels « Deux Minutes de Haine ».

Mais la meilleure arme des ennemis de la démocratie reste le mensonge. Face aux difficultés – qu’elles soient économiques, sociales, sociétales, sanitaires… – et à leur complexité, les faits et la nuance ne sont plus entendus. Le sujet n’est plus tant le contenu du propos mais qui le prononce.

Et si le mensonge porte atteinte au pouvoir – et c’est là son objectif – alors il est érigé en vérité. Ainsi, les populistes affirment, urbi et orbi, que l’Union européenne coûte plus qu’elle ne rapporte – argument utilisé aussi bien en Grande-Bretagne avant le Brexit que lors des dernières législatives aux Pays-Bas – ou que les étrangers viendraient manger le pain des autochtones et qu’ils coûteraient cher.

En France, le débat actuel autour du projet de loi pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration constitue un cas d’école. Les mensonges du Rassemblement national ne doivent pas faire illusion. Non, la France n’a pas « le meilleur taux de protection après demande d’asile » : il est de 40% dans notre pays alors qu’il est de 46% en Allemagne et de 62% en Italie. Non, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne leur a pas permis de « reprendre le contrôle » de leur politique migratoire : il n’y a jamais eu autant d’immigration irrégulière et jamais eu aussi peu d’expulsions en Grande-Bretagne (5.000 expulsions pour 1 million d’entrées irrégulières contre 20.000 expulsions en France pour moitié moins d’entrées). Non, l’élection de Georgia Meloni à la tête de l’Italie n’a pas permis de solutionner le « problème migratoire » : elle n’a pas mis en œuvre le blocus naval qu’elle promettait, et face à la plus grande vague migratoire que connaît l’Italie depuis ces 5 dernières années, la Première ministre italienne a appelé à son secours l’Union européenne et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Dans ce contexte global de montée des populistes et des extrêmes, les démocrates doivent tenir et ne céder à aucune compromission. Même si, en Espagne, déjà, la gauche de gouvernement a, par la voix de Pedro Sanchez, cédé en concédant une amnistie aux partis indépendantistes catalans au dépend de l’unité nationale.

Il faut être conscient que ce sera de plus en plus difficile et reconnaître que les démocraties n’ont pas, à cet instant, trouvé la réponse.



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