Israël et Ukraine : le risque du bloc à bloc

L’issue du conflit entre le Hamas et Israël comme de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ne peuvent être envisagées sans comprendre la « tectonique des plaques » et l’évolution des alliances entre les pays alors que se dessine une tension entre « l’Occident » et ce que certains nomment le « Sud global », qui n’est pas sans rappeler la période de la guerre froide.

Le danger est en effet réel que ces deux conflits accélèrent la constitution de deux blocs, creusant ainsi le fossé au sein de la communauté internationale, en même temps que cette évolution ralentisse voire empêche l’avènement d’une solution de paix dans ces deux régions.

C’est à l’évidence le calcul de la Russie qui recherche des alliés « anti-occidentaux » pour justifier ses exactions en Ukraine. Une Russie qui peut fort bien s‘accommoder de l’apparition d’autres conflits, comme celui entre Israël et le Hamas ou entre la Chine et Taïwan en espérant qu’ils pourront renforcer la confrontation entre les deux blocs.

Ce sentiment anti-occidental est par ailleurs largement nourri par la Russie, et la France en paie le prix fort, notamment en Afrique. Perçu souvent comme un « sauveur » par les populations locales, le Président russe, avec ses commandos paramilitaires, fait peu à peu mûrir « les raisins de la colère » anti-français en Afrique. L’avenir nous dira quel aura été le prix à payer, pour les populations locales, du désengagement de la France en Afrique au profit de la Russie.

Plus l’Occident apparaîtra comme grégaire et dominant, plus ce « Sud global » pourra trouver une légitimité et plus la paix en Ukraine et en Palestine ou encore la stabilité des pays africains seront hypothéquées.

Pourtant, le « Sud global » n’est pas une fatalité ni même une réalité évidente. Contrairement à ce que ce vocable semble indiqué, il ne coalise pas que des pays pauvres, ni des pays qui ont pu être dominés et colonisés.

Là, la France, avec sa tradition diplomatique historique d’indépendance et son attachement au multilatéralisme, doit se défier de cette logique de bloc à bloc. Le Président de la République s’y emploie : c’est ce que le Président Macron a répété au Président Xi Jinping lors de leur rencontre à Pékin et à Canton au printemps dernier. La Chine, elle-même, bien qu’engagée dans le « Sud global », prône le multilatéralisme et veut rester fidèle à sa tradition d’équilibre.  Elle peut, avec la France, jouer un rôle décisif pour éviter cette affrontement binaire, bloc à bloc. La reprise des relations diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis ce mercredi 15 novembre à San Francisco peuvent également grandement y contribuer. Enfin, gageons que des défis communs de l’Humanité, tels ceux du climat ou de la santé mondiale, pourront conduire au dépassement d’enjeux territoriaux ou religieux.

Responsable de la diplomatie parlementaire entre la France et la Chine en tant que Président du groupe d’amitié France-Chine, je m’inscris dans le positionnement du Président de la République et de la France en multipliant les échanges francs et exigeants avec mes homologues chinois et en insistant sur nos défis communs.



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